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" VOICI L'HOMME..."

 



André Gence

 

Hommage à

 

André GENCE
(14 février 1918 - 18 octobre 2009)
André Gence





« LA POÉSIE, C'EST LE RYTHME DIVIN »


«  Le but de la Création c'est le repos. Je crois qu'on est fait pour le repos. »
Ainsi commençait un article de la revue Prier, lu il y a peut-être bien une trentaine d'années.
Cela commençait bien !

André Gence, un inconnu pour moi, présenté comme prêtre-peintre, y racontait son goût pour le dessin,
« nécessaire, disait-il, car je trouve que notre façon d'aborder la réalité passe beaucoup trop à travers les idées. »
Il avait abandonné le dessin en entrant au séminaire :
« J'aurais eu mauvaise conscience de continuer à dessiner.
J'aurais eu l'impression de m'attribuer un droit, de soustraire du temps au Seigneur alors que je lui devais tout
. »
Le repos… la mauvaise conscience… j'étais en terrain connu.

La suite m'allait tout aussi bien :
souffrance, solitude, recherche d'un équilibre dans une vie qui vous malmène.
Chassé de Marseille pour ses prises de positions pendant la guerre d'Algérie,
André Gence, devenu aumônier d'un grand hôpital parisien, revient à la peinture :
« Je souffrais de la solitude, des conditions dans lesquelles j'avais quitté Marseille.
Mon ministère auprès des malades était difficile, très prenant.
Je sentais le besoin de me rééquilibrer.
 »
Petit à petit, la peinture envahit toute sa vie.
Non seulement elle ne l'éloigne pas de Dieu, de la prière, des hommes,
mais bien au contraire elle devient pour lui l'acte par excellence de la communion.

 
André Gence............ André Gence............ André Gence


« L'acte de créer me met en communication avec la création
et, à ma manière, ma peinture-prière est une façon de célébrer les épousailles du ciel et de la terre
. »
« Quand je suis seul dans mon atelier,
je suis en communion avec les autres, avec l'univers, avec la création.
 »
« La prière - et donc la peinture, puisque pour André c'est une seule et même chose -,
c'est la respiration entre Dieu et nous…
Elle réalise la fusion, et non la confusion, entre moi et le Seigneur qui fonde mon être.
Quand je dis fusion je pense au fer et au feu.
Plus la fusion est grande, plus le fer est fer, plus le feu est feu.
Plus Dieu est Dieu, plus moi je suis moi.
Je ne demande rien à Dieu si ce n'est Dieu lui-même.
 »

 André Gence


Poursuivant ma lecture, en butte à mille aspirations contradictoires,
je me sentais moins seule.
Mes difficultés trouvaient des mots pour s'exprimer.
Il était question de douleur, d'enfantement, d'angoisse devant la toile blanche,
de combat, de ténèbres et de lumière.
« Je pousse mes noirs, et les blancs émergent petit à petit.
Le noir et le blanc se livrent à un corps à corps, jusqu'à ce que la lumière force sa place…
Quand je peins, je suis un peu ce veilleur qui attend l'aurore,
le surgissement de la lumière à travers le chaos, là, sur ma toile.
 »

 

  André Gence



Atteint d'un cancer des cordes vocales,
André Gence, lui, l'homme de la rencontre et de la parole chaleureuse,
fait l'expérience de la peinture comme seule parole :
« Il a fallu d'abord que j'apprenne à crier.
Là j'ai compris que le cri était le commencement de la parole.
La parole naît lorsque Dieu entend le cri de son peuple.
La parole surgit entre le cri du nouveau-né et le cri de Jésus sur la croix.
J'ai éprouvé que cette parole naissante est souffrance.
J'ai souvent cru que je n'y arriverais jamais.
Puis je me suis rendu compte que j'avais des mains,
qu'il me restait mes pinceaux et mon désir de peindre.
Progressivement s'est imposée à moi la certitude que la peinture est parole,
et j'ai retrouvé une certaine sérénité.
 »

 

 André Gence



Je ne pensais pas, quelques années plus tard, vivre une aventure commune :
celle des ateliers de peinture dans la rue pour les enfants des quartiers difficiles,
ateliers dont André Gence fut l'initiateur avec ATD Quart Monde.
Ils sont nés de sa conviction de l'art indispensable pour tous :
« L'art, ça ne sert à rien, c'est pour cela que c'est indispensable. »
Et, ajoutait-il : « Quelqu'un qui crée, ne casse pas. »

André organisait chaque été, à Vence, dans le Couvent des Dominicaines, à l'ombre de Matisse,
des sessions d'initiation à la peinture pour adultes.
C'était magique !
Il fut également un membre actif du service Arts-Cultures-Foi, tant sur le plan régional que national.

André se méfiait de l'art contemporain, me semblait-il.
Peut-être redoutait-il une forme d'imposture ?
Peut-être le trouvait-il trop « bruyant », loin de la peinture-prière ?
C'est possible.

André Gence, j'en fus témoin lors de ses expos à Nîmes,
sut toucher par sa simplicité, son enthousiasme, sa parole forte,
bon nombre de visiteurs, d'artistes, de galeristes auxquels sa « peinture » parlait.
Il dit et redit, avec conviction, dans l'Église comme ailleurs,
la place tout à fait essentielle de l'art, sa fonction symbolique,
l'art « passion, action, contemplation. »

Anne Courbaud


« La poésie, c'est le rythme divin (…)
Être créateur, c'est unir le ciel et la terre, rien d'autre que ça(…)
C'est par mes mains que je transmets la création(…)
Ma manière d'être « prêtre ouvrier », c'est faire avec la main ce que j'ai dans mon cœur.
Je fais l'unité entre mon cerveau qui pense, mon cœur qui sent, et ma main qui fait.
Le signe de la croix ‘Au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit', c'est réaliser cette unité.
 »

André Gence
à l'occasion de ses 90 ans et de ses soixante ans de sacerdoce, en 2008

André Gence






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