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" VOICI L'HOMME..."

 



Anne Courbaud

 

Anne COURBAUD

« CHEMIN DE CROIX »

chez les Clarisses de Nîmes

Du 3 au 17 octobre 2014, dans "La grange"







Anne Courbaud
Jésus est condamné





Le chemin fait par Jésus entre le tribunal qui l'a condamné et le lieu de son exécution
est découpé depuis le Moyen-âge en 14 « stations », c'est-à-dire 14 scènes :
l'ensemble forme le « chemin de croix » que l'on peut voir dans la plupart des églises.
Ces scènes sont empruntées aux évangiles officiels ainsi qu'aux évangiles apocryphes,
ceux que l'Église n'a finalement pas retenus.
Il faut savoir que l'iconographie du Moyen-âge a beaucoup utilisé les apocryphes
pour ses représentations de la vie de Jésus
afin de boucher les vides des récits évangéliques, souvent très laconiques
.





Anne Courbaud
Jésus est chargé de sa croix





La cérémonie classique du « chemin de croix » comporte une procession,
interrompue par des prédications, des méditations ou des prières,
effectuées en s'arrêtant devant chacune des14 scènes disposées autour de l'église.
C'est un acte de dévotion, privée ou communautaire.
Il ne fait pas partie de la liturgie officielle de l'Église catholique ;
mais il est né de la piété des chrétiens
qui cherchaient à revivre la Passion de Jésus en se la représentant concrètement,
aussi est-il très populaire et a-t-il acquis droit de cité.





Anne Courbaud
Jésus tompbe pour le première fois


 


Représenter, créer un « chemin de croix » garde-t-il un sens dans le monde d'aujourd'hui ?
Il me semble que oui, et que cela prend même des résonances nouvelles dans le contexte culturel de notre monde.
Voici, en quelques mots, trois de ces résonances nouvelles ; trois parmi bien d'autres sans doute !

 




Anne Courbaud............................................... Anne Courbaud
Jésus rencontre Marie, sa mère...............................................................................................Jésus est aidé par Simon de Cyrène.





° Poursuivre une tradition, n'est jamais recopier le passé mais le re-lire
et, en quelque sorte, le re-créer, à la lumière de ses résonances nouvelles
dans un contexte culturel nouveau.
Aussi, créer un « chemin de croix » aujourd'hui ne peut pas consister
à représenter ses 14 scènes de manière figurative, à la façon du XIXe siècle :
pour le faire « parler » aujourd'hui, il faut passer par les modes d'expression de notre temps.
Comme cela s'est toujours fait !
Le « chemin de croix » peint par Anne Courbaud me semble répondre à cette exigence.
Il montre sans décrire : il se contente d'évoquer, de suggérer un sentiment ;
et il s'offre à l'intériorité du spectateur.


 

 

 

Anne Courbaud.... Anne Courbaud.... Anne Courbaud

................................................................................Véronique essuie la face de Jésus............................................... Jésus tombe pour la deuxième fois......................................... Jésus rencontre les femmes de Jérusalem




° En quoi le drame de cet homme victime d'un complot politico-religieux voici 2.000 ans peut-il encore nous concerner ?
Il me semble qu'une foule d'artistes contemporains nous le disent eux-mêmes.
En voici un exemple.
En l'an 2.000, l'université hébraïque de Jérusalem
avait organisé une exposition appelée Corpus Christi ‘(assez osé, tout de même !).
Des artistes de tous pays étaient invités à proposer des photos exprimant leur représentation du Christ.
Ce qui est assez surprenant, c'est que le projet a été favorablement accueilli par une multitude d'artistes, chrétiens ou pas, croyants ou pas :
bien qu'en général ils n'aient pas une vision très positive des Églises chrétiennes,
les artistes contemporains sont touchés par le caractère dramatique de l'existence humaine
et l'inhumanité de l'Homme envers l'Homme ;
et la figure de Jésus crucifié leur apparaît comme un symbole très fort de ce drame et de cette inhumanité.
Or qu'est-ce qui a le plus marqué dans l'exposition de Jérusalem ?
Ce ne sont pas les représentations traditionnelles du Christ en croix :
on les connaît tellement qu'elles ne parlent plus guère.
Une photo en particulier a fait scandale : celle qui présentait une femme crucifiée, et nue de surcroit.
« Sacrilège ! » se sont écrié certains. « Honteux ! » ont pensé plus d'un.
En fait, l'artiste était scandalisé par la condition faite à des millions de femmes sur notre planète.
Il exprimait son scandale en les assimilant au Christ injustement rabaissé, rejeté, isolé et détruit.
Du même coup, il faisait ressentir le scandale de cette crucifixion de Jésus,
dont les images classiques ne touchent presque plus personne.






Anne Courbaud.... Anne Courbaud.... Anne Courbaud

............................................................................... Jésus tombe pour la troisième fois.............................................. Jésus est dépouillé de ses vêtements....................................................... Jésus est mis en croix

 

 



Il me semble que c'est un peu dans cet esprit que le « chemin de croix » d'Anne Courbaud appelle notre attention.
Ses 14 « stations », ses 14 scènes, peuvent bien sûr évoquer des injustices ou des drames
que nous avons subis ou dont nous avons été témoins.
Mais j'y vois aussi, à l'invitation des artistes actuels,
un appel à élargir notre regard aux dimensions de notre monde si cruel et injuste.

° Vous êtes peut-être en train de penser que vous n'êtes pas venus ici pour vous faire casser le moral
et que je ferais mieux de me taire.
Eh bien si tel est le cas, je vous donne mille fois raison, pour une excellente raison.
Si le « chemin de croix » a été créé et s'il a perduré, ce n'est pas par dolorisme, et encore moins par masochisme.
Si ce « chemin » finit par une « mise au tombeau », chacun sait que, le 3 e jour, il y a une résurrection.
C'est sur ce fond de résurrection, un fond d'espérance envers et contre tout,
que l'on parcourt le chemin du Christ condamné, moqué, chargé de sa croix, cloué dessus puis mis au tombeau.
Quoi qu'il puisse arriver de pire entre les Hommes,
quand bien même l'humanité se détruirait-elle elle-même,
l'espérance ne peut plus faillir à tout jamais depuis qu'une lumière nouvelle, inespérée, a jailli du tombeau.
L'évangile selon saint Jean l'exprime à merveille avec sa géniale simplicité :
«  La lumière a brillé dans les ténèbres  » (Jn 1,5).
« Dans » les ténèbres.
La lumière a brillé non pas à côté des ténèbres, non pas malgré elles, non pas après elles,
mais dedans : au cœur même de nos ténèbres humaines…
Désormais, nous pouvons voir en face les ravages du Mal sans trop de peur :
il n'est pas de tombeau qui ne recèle quelque étincelle de lumière nouvelle, inattendue, inespérée…




Anne Courbaud.... Anne Courbaud.... Anne Courbaud

..................................................................................... Jésus pousse un grand cri............................................................................ Jésus meurt...................................................................... Jésus est détaché de sa croix

 



 

Le « chemin de croix » d'Anne Courbaud me semble tout entier traversé par une lueur.
Voilà qui est très actuel et plein de sens aujourd'hui,
car une espérance qui ne prendrait pas en compte les horreurs du Mal
ne serait qu'une drogue, un opium, parmi d'autres…
Quant à un regard enfermé dans les horreurs du Mal, il serait écrasant, ravageur…





Anne Courbaud
Jésus est mis au tombeau

 


Jacques Teissier, ACF-Nîmes

 

 

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