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" VOICI L'HOMME..."

 

 



Christian Astor

 

 


Christian ASTOR

PROCESSUS

 

 

  "J'utilise des dessous de tasses à café pour accueillir les couleurs
et des assiettes creuses pour celles promises aux grandes surfaces.
Aucun mélange, les couleurs restent pures, une sur chaque coupelle.

Je fabrique les couleurs à l'aide de pigments broyés dans du médium acrylique,
c'est sur le support, toile ou papier, que se font les alliances.
Je ne me sers jamais d'une palette pour peindre.

Lorsque les couleurs sont sèches et qu'elles ne me sont plus d'aucune utilité pour peindre,
je range ces supports faïencés sur un évier prévoyant une prochaine utilisation après les avoir lavées.

Un jour, regardant une pile d'assiettes qui s'étaient accumulées dans l'évier de l'atelier,
je décidais de les nettoyer,
mais je m'aperçus que les différentes couleurs inutilisables formaient des taches,
par jeu j'essayais de mettre ce chaos en ordre à l'aide de pinceaux chargés d'autres couleurs.
À la fin de ce processus les assiettes et coupelles étaient devenues des tableaux qui me convenaient,
mais la peinture sur la faïence se détériorait facilement au moindre grattage.
Pour garder le souvenir de ces tableaux, avant de laver les assiettes, je décidais de les photographier.

Les photographies des coupelles et assiettes je les garde en mémoire,
classées, à l'intérieur d'un ordinateur,
accompagnées d'un bon nombre d'essais, d'esquisses, de croquis, de petits riens,
ce sont tous des éléments importants, nécessaires, pour mes actions colorées.

Quelques années après ce qui, de prime abord, m'avait semblé n'être que des amusements,
une peinture de grand format exigea, nécessita, une surface arrondie sur la couleur que je venais d'étaler.
Me revinrent à l'esprit les photographies des peintures sur les coupelles.
J'imprimais la forme ronde d'une assiette photographiée, la découpais et la collais sur le tableau.
Ensuite je peignais à même la photo pour modifier sa structure, ses couleurs.
L'image, une fois revisitée, convenait au désir de l'assembler comme bon me semblait
sur le tableau en train de se faire.
Je renouvelais par la suite cette aventure, trois fois, sur d'autres toiles avec bonheur.

Lors de l'exécution du quatrième tableau sur lequel je voulais à nouveau coller une photographie d'une sous-tasse,
un événement inattendu se produisait.
L'image choisie, puis imprimée, était d'une trop grande taille pour l'emplacement où j'avais prévu de la coller.
Je déchirais la reproduction et mettais le reste de papier qui avait servi à imprimer l'assiette sur une table de travail.
Le rectangle blanc de papier dans lequel la forme ronde de la coupelle avait été découpée, posé sur la table,
mettait à jour un ensemble de taches colorées.

Christian Astor
J'étais étonné par ce que révélait la forme ronde évidée de ce rectangle blanc,
elle sertissait des couleurs détachées de l'ensemble de la surface de la table :
traces de peintures, gouttes de couleurs, coulures, traits ;
tout ce qui apparaissait sous mes yeux provenait des débordements
d'actions peintes au fil des ans sur des papiers et autres supports.
Je déplaçais la feuille de papier sur divers endroits de la table,
se révélèrent alors d'innombrables peintures.

Une fois la surprise passée je décidais de prendre les photos
de ce que la surface de la feuille de papier évidée me donnait à voir.
Après quelques photographies, j'ai rapidement entrevu une possibilité d'actions
identiques à celles qui, quelques années auparavant, m'avaient fait peindre sur des dessous tasses à café.

J'imprimais une photographie, la mouillais au dos
pour pouvoir la tendre sur un panneau de bois à l'aide de bandes de papier gommé sur les quatre côtés de l'image ;
collée ainsi sur le support je me garantissais un séchage plan.
Une fois la photo sèche je passais à l'aide d'une brosse un médium anti-uv
qui m'assurerait d'une part un vieillissement correct des couleurs imprimées
et d'autre part rendrait le papier suffisamment saturé
pour ne pas trop absorber les couleurs que je me proposais de peindre.

J'ai débuté l'aventure accompagné de crayons de couleurs,
équipé de pigments acryliques, abreuvé d'encres,
couvert de papiers Japon,
rapidement mes mains voguèrent parmi des myriades de planètes et d'étoiles.
Ces peintures m'entrainèrent, jour après jour, dans l'Errance colorée.

Christian Astor
Quand plus rien ne me venait à l'esprit, que le temps ne s'écoulait plus, que j'étais arrêté, comme retenu,
semblait finie la présente aventure, moins difficile que je ne le croyais,
mon enfance ressurgissait et la joie de peindre ravivait mes désirs.
Un instant ou des heures,
cet arrêt qui délimite ce qui passe si vite de ce que l'on a désiré,
interlude troublant où l'errance colorée n'a plus de sens, elle est insensée.

La couleur me guide, je ne pense plus, mon esprit est libéré,
je peins.

Demain n'aura plus rien de commun avec hier,
déjà ces peintures ne sont plus devant mes yeux, brouillées dans l'oubli, leurs couleurs évaporées,
le silence s'établit, il n'y a plus de présence.
Couleur prête à repousser l'avenir, prête à retenir ce présent inexistant,
est-ce le passage de ce que l'on croit la peinture, à celle qui suit,
elle foudroie avec rage, parfois avec paresse,
épreuve déchirante qui déchire aussi la nuit pour une aurore neuve.
Aube, bout du jour, bout d'une toile, détails, de rouges rouages, des roues, rouge en route au bout du jour.
J'ai la tête qui contient des épingles à linge.
Je n'ai qu'une tête ouverte.
Ouverte à toute nouvelle expérience qui rentre par mes yeux et que mes doigts accrochent aux épingles à linge.
Plage sans pavé colorée de pigments et d'éclats d'étoiles dans ma tête fêlée
alors que je la croyais ouverte.
Expérience épinglée derrière mes yeux dans ma tête fermée.
Bernique. Suis-je percuté ?

Peintures amoureuses, inventées, belles peut-être, sans redite, pour un aujourd'hui sans écho.
Il fallait être enchanté pour peindre facilement ces tableaux qui font que je crois comme je vois,
je vois autrement, une autre peinture me le fera subitement apparaître.
Est-ce une peinture ?

Je regarde la mouvance de l'eau qui étend la couleur sur le papier
et annonce la courbure d'une nouvelle errance colorée."

Christian Astor

 

 

 

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