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" VOICI L'HOMME..."

 



Jardin de Koho-an

 

 

Emmanuel MARÈS





L'évolution du jardin japonais


comme processus de "laïcisation"




La culture japonaise s'est forgée dans un univers
totalement étranger au judéo-christianisme.
Pourtant, un certain processus de laïcisation s'amorce au XVIe-XVIIe siècle dans l'art du jardin :
sa fonction proprement religieuse s'efface au profit d'une méditation spirituelle,
d'inspiration bouddhique.
Fin XIXe, sous l'effet de la rencontre du Japon avec l'Occident "moderne",
le jardin devient un espace de loisir "naturaliste",
sans connotation religieuse ni spirituelle ;
cependant, les éléments traditionnels du jardin sont conservés.
En d'autres ères culturelles,
un tel processus de laïcisation génère aujourd'hui de fortes réactions religieuses
de type intégriste ou fondamentaliste.
Chez nous, se pose, de façon de plus en plus aiguë,
la question du fondement des grandes valeurs (cf. Liberté, Egalité, Fraternité)
sur lesquelles reposent nos démocraties.

L'affranchissement des cultures humaines
à l'égard des religions qui les avaient forgées au cours des millénaires
apparaît comme un phénomène planétaire inédit et majeur.
Il a ouvert un espace nouveau à la liberté de conscience.
Mais nous n'avons probablement pas fini d'en mesurer
la portée et les conséquences sur notre vie en société...

Jacques Teissier, ACF-Nimes

 

 

 



Rares sont les jardiniers qui laissent leur nom à la postérité.
Pourtant, quelques figures emblématiques viennent marquer l'histoire des jardins.
En France, on pensera à Le Nôtre et aux jardins de Versailles.
Au Japon aussi, certaines personnalités ont laissé leur signature dans la pierre.
Je vous propose ici de voir l'œuvre de trois d'entre eux.
A travers eux, c'est plus de sept cents ans d'histoire que nous allons traverser
et nous allons voir comment, au fil du temps, le jardin va s'affranchir de la religion.

 

1. Muso Soseki, le jardin Zen

Muso Soseki est un éminent moine bouddhiste Zen qui a vécu de 1275 à 1351.
Importé par vagues successives depuis la Chine vers le Japon, du VIe au XIIIe siècle,
le bouddhisme Zen était encore une religion naissante à cette époque.
Le Zen appartient à l'ensemble mahayana
selon lequel chacun possède en soi ce qu'il faut pour atteindre l'illumination.
Aussi, la pratique du Zen passe-t-elle principalement
par la méditation assise, appellée Zazen, les jambes croisées en lotus ;
c'était la posture qu'utilisait Bouddha pendant ses méditations.
Le but de cette méditation est de faire le vide, pour atteindre l'éveil.

Muso Soseki, en tant que moine apprenti, va voyager à travers le Japon ;
c'est le temps de l'ascèse.
En effet, pour atteindre l'éveil, les jeunes moines devaient méditer dans la nature,
loin du monde des hommes et de ses impuretés.
Muso Soseki atteint l'éveil à 33 ans.
A partir de ce moment-là, il va pouvoir prendre des disciples
et fonder de nombreux temples pour répandre le bouddhisme Zen à travers le Japon.

Il est intéressant de noter que tous les temples fondés par Muso Soseki sont flanqués d'un jardin.
Pourquoi ?
Il s'agit de recréer dans l'enceinte du temple
l'environnement dans lequel les moines méditaient pendant leur initiation.
Ces jardins sont donc une représentation de la nature,
telle que la concevaient les moines de l'époque.

A 52 ans, après avoir mené une vie de nomade,
Muso Soseki va s'installer définitivement à Kyoto,

Le temple Saiho-ji , que l'on surnomme aussi le “temple de mousse”,
est l'une des principales créations de Muso Soseki.
Malheureusement, il ne reste plus aucun des bâtiments de l'époque,
ravagés par les guerres successives.
Aujourd'hui, la seule chose qui témoigne de la splendeur du passé,
c'est le jardin et ses arrangements de pierres.

Jardin de Saiho-ji
La cascade sèche

Le jardin a été conçu sur deux niveaux.
Il y a tout d'abord le niveau inférieur, où l'on trouve l'étang.
C'est là où étaient bâtis le temple et ses annexes.
Autrefois, on traversait l'étang en passant sur de magnifiques ponts de bois
et, sur la rive, se dressait un pavillon d'or.
C'était l'espace pour les cérémonies officielles.
A l'époque c'était un jardin avec des pins et recouvert de sable blanc.
Aujourd'hui, c'est une forêt de cyprès recouverte de mousse, d'où le surnom du temple.

A première vue, on pourrait croire que cet espace a été laissé à l'abandon
et que la nature a repris ses droits sur le jardin.
Il n'en est rien.
Pour que la mousse pousse ainsi, de façon aussi drue et aussi régulière,
il faut que le jardin soit parfaitement ratissé régulièrement.
Ratissé non pas avec un râteau mais avec des balais de bambous, très souples,
qui permettent de ramasser les feuilles mortes sans abimer la mousse.
J'ai eu moi-même la chance de travailler comme apprenti avec un jardinier-paysagiste japonais
et la première chose que j'y ai apprise, c'est le maniement de ces différents balais de bambous.
Faire en sorte que le jardin soit toujours impeccable
est l'un des principes fondamentaux des jardins zen
et, par extension, des jardins japonais.
Au même titre que la méditation zen, ratisser le jardin est un des travaux du quotidien du moine apprenti.

Voyons maintenant la partie supérieure du jardin.
Les deux niveaux sont séparés par une porte qui marque le passage de l'espace officiel à l'espace privé.
La partie inférieure du jardin étant le lieu des cérémonies,
la partie supérieure du jardin était le lieu de méditation.
Des escaliers mènent à un pavillon de prière.
A proximité, on peut voir différents arrangements de pierres.
Il y a une pierre pour faire zazen.
Il s'agit d'une pierre naturelle,
qui a été disposée de façon à ce que la surface plane soit sur le dessus.
C'est là que l'on s'assoit et que l'on médite.

De l'autre côté du pavillon, on trouve un autre arrangement de pierre,
cette fois beaucoup plus imposant.
En japonais, cela s'appelle karesansui ou “paysage sec”.
Ces pierres disposées sur trois niveaux représentent une cascade mythologique.
Selon la légende chinoise,
la carpe qui réussit à remonter la cascade se transforme en dragon.
Il s'agit d'une métaphore.
Les moines qui méditaient là devaient faire comme la carpe
et se surpasser pour atteindre l'éveil.

Un étang, une pierre pour faire zazen et une cascade symbolique,
voilà les trois éléments du jardin Zen primitif.

 





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