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" VOICI L'HOMME..."

 

 

REGARDS SUR L'ESPAGNE D'AUTREFOIS

avec Michel VOLLE, photographe


Où donc est passé l'humain ?

 

 

 

Michel Volle
Quittons la rue pour pénétrer dans un de ces nombreux marchés couverts.
Si la photo est ancienne, c'est mon choix délibéré, elle pourrait être plus récente car il en existe toujours autant en Espagne.
Lieux de commerces de bouche, mais aussi de vie.
Conserver ce qu'on appelle "les halles" c'est conserver un riche patrimoine, ce que Paris n'a pas su faire.
Mais revenons à cette marchande de poisson de Valencia qui a belle allure derrière son stand.
Si elle était masquée elle ne laisserait paraître aucun charme, aucune possibilité de sourire, d'ailleurs je n'aurais pas fait la photo,
comme je n'en fais plus depuis l'an dernier, depuis que nous somme condamnés à vivre dans un monde sans expressions, sans sourires.
N'est-ce pas pire que tout de vivre dans un monde sans sourires ?

 

 

En ces temps de pandémie,
le photographe arlésien Michel Volle
ressort ses anciennes photos argentiques de l'Espagne d'hier, en noir et blanc.
Il y a comme un zeste de nostalgie dans son geste, accentué par les commentaires.

Michel Volle
C'est une photo faite à Murcia, une de celles qui me "parlent" le plus de ces années passées.
Une époque révolue. Faut-il s'en féliciter ou le regretter ?
La modernité avait déjà un peu marqué des points mais elle n'avait pas encore tout dévoré
en faisant table rase de toutes les persistances du passé.
Les villes aujourd'hui sont "propres", enfin en principe, jolies à voir.
Certes tous ces quartiers populaires n'ont pas été rasés, et leurs habitants avaient le droit de vivre dans des habitats rénovés
mais malheureusement on a souvent tout fait pour les chasser,
à commencer par des loyers qui devenaient dès lors bien au dessus de leurs moyens.
Alors ces populations ont quitté le quartier et la vie qui l'animait aussi.  


Non pas une nostalgie chagrine qui s'enfermerait dans le passé,
mais une méditation sur la condition humaine et sur le temps qui passe,
assortie d' une contestation de notre société devenue tellement technocratique et froide.
Au détriment de l'humain.

Michel Volle
C'était avant que le centre de la cité soit "restructuré". C'est ce qu'on appelle la gentrification.
Les quartiers des centres sont "nettoyés", les habitants repoussés dans les périphéries, les petits commerces disparaissent avec leur départ.
Tout devient "joli" et "propre", voire "sécurisé", mais c'est toute une vie qui disparaît comme les populations de petites gens qui vivaient là.
Tout cela est généralement orchestré par des municipalités aux programmes ambitieux
de mèche avec des promoteurs qui ne le sont pas moins, surtout s'il s'agit de réaliser des bénéfices,
souvent favorisés par la distribution de quelques pots de vin.
Cette vieille dame résiste, oh ce n'est pas pour elle, à son âge elle s'en fiche, sa vie se termine,
mais que deviendraient les chats du quartier ?


Combien de retraités en EHPAD à s'être laissé "glisser",
tellement la prophylaxie les avait privés de leurs liens…
Combien de familles à porter la blessure de n'avoir même pas pu voir le corps d'un proche décédé,
pour raison sanitaire…
Alors que l'humain affleure partout dans ces photos d'une Espagne chaleureuse jusque dans sa pauvreté, ou parfois sa misère.

Michel Volle
J'évite toujours de photographier des gens qui "posent" car à cet instant ils ne se dévoilent pas tels qu'ils sont,
mais il y a des exceptions, et cette photo en est une.
Tout en posant, cette mère et sa fille dégagent tout de même quelque chose de naturel.
Cette photo a été prise quasiment au même endroit et au même moment que celle d'hier, et pourtant quelle différence entre les êtres photographiés.
La condition de ces deux femmes n'est sans doute pas plus enviable mais elles semblent satisfaites de leur vie.
Elles proposent aux chineurs cette tête de clown triste, s'étant sans doute emparées de sa bonne humeur.
Dès lors les vertus de cette croute semblent bien meilleures que celles de l'image pieuse d'hier.
Passer là et pouvoir l'acquérir pour trois fois rien, était peut-être une chance pour moi, que je n'ai pas su saisir.
Quand je regarde cette photo aujourd'hui j'ai le sentiment de le regretter.
Heureusement il me reste les sourires de ces deux femmes,
et je ne souhaite qu'une chose c'est que ces sourires illuminent encore leur visage aujourd'hui, longtemps après.


Outre que nous pillons la nature,
produire et consommer toujours plus,
chercher à s'enrichir et augmenter notre niveau de vie toujours plus,
ne donne guère de sens à notre existence.
Où donc est passé l'humain ?...
Certes, il existe encore, l'humain.
Bien sûr.
Heureusement, sinon nous serions tous déjà morts.
Mais cette critique douce-amère de notre devenir fait mouche.

Paradoxalement, ce regard humaniste d'un artiste
qui n'est pas particulièrement porté sur "les curés" et "la religion"...

Michel Volle
Lorsque les astres ne nous sont pas favorables peut-on attendre tout de même une certaine bienveillance venue d'ailleurs ?
Vous peut-être moi non.
Cette vierge représentée de bien belle manière sur ce mur peut-elle quelque chose
pour ceux qui veulent bien croire en elle, et aussi glisser une pièce dans le tronc qui est en dessous.
Ce couple passe devant sans trop s'en préoccuper, et l'ecclésiastique au premier plan encore moins,
mais moi ce qui m'inquiète le plus ce sont ces deux ouvertures obstruées qui me font penser, je ne sais pas pourquoi, à l'inquisition.
Passons notre chemin et croisons les doigts.


... est en harmonie avec le questionnement du pape François
dans son encyclique Laudato sí
(d'ailleurs si bien illustrée par les photos de Yann Arthus-Bertrand) :
pour lui, une vie sociale fraternelle est partie intégrante de l'écologie, l'écologie "intégrale" ;
et il y a urgence.


Avec leur beauté simple qui dévoile une profondeur cachée du quotidien,
les images de Michel Volle s'insinuent en nous et ne nous lâchent plus.
Puissent-elles raviver notre goût de l'essentiel :
l'humain en l'Homme

Michel Volle
Se retrouver sur une place publique, sur un banc, pour évoquer des souvenirs communs,
ou une vie passée ailleurs, qu'on dévoile un peu, jour après jour, pour partager et se sentir moins seul dans ses souvenirs.
A moins que ces hommes soient en train de discuter de leur vie de tous les jours, qui serait monotone s'ils n'avaient pas ce rendez-vous quotidien.
La vie d'hier, comme celle d'aujourd'hui a besoin d'être partagée pour être véritablement vécue.
Bien sûr va arriver l'heure de rentrer chez soi et de retrouver quelqu'un avec qui ils partagent d'autres instants de la journée.
Mais au fait, il n'y a aucune présence féminine ?
Le clivage serait-il marqué à ce point ?
Où sont-elles, que font-elles ? Enfermées avec leurs tâches ménagères ou sur le banc d'à côté ?




Que serions-nous sans les artistes ?...

Michel Volle

 

Bonne Promenade en humanité.

à votre gré… sur la page suivante

........... Vers la page suivante

 

 

 

 

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