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" VOICI L'HOMME..."

 

 

REGARDS SUR L'ESPAGNE D'AUTREFOIS

avec Michel VOLLE, photographe


Où donc est passé l'humain ?

 

 

Bonne Promenade en humanité.

 


Des femmes




Michel Volle
Le blanc, le noir, même dans une photo « couleurs », ils domineraient.
Le blanc c’est l’immaculé, c’est la propreté
dont cette vieille femme se préoccupe quotidiennement, pour elle pour les autres.
Le noir, c’est l’unique couleur dont elle se drape tous les jours
depuis qu’elle est contrainte à vivre la solitude que la vie lui a réservée.
Le blanc et le noir semblent être les deux seules façons de paraître dignement aux yeux des autres.
Image d’une Espagne qui semble hors du temps et cela va être souvent un des critères de celles que je vais vous proposer.
Sans visibilité pour l’avenir autant se retourner vers le passé.

Michel Volle
Aujourd'hui en photo tout est quasiment question de mise en scène.
Les photos "préparées" ça n'a jamais été mon truc.
De rues en rues, d'un trottoir à l'autre, je mise sur la bienveillance du hasard pour aider modestement des inconnus à passer à la postérité.
Aujourd'hui c'est cette marchande de tabac, avec son installation de fortune, qui semble ailleurs, et fait du militantisme peut-être sans le savoir,
que j'extirpe de son passé, sans la déranger de son frugal casse-croûte.
J'aime ces gens de peu et grâce à mes photos j'ai l'impression d'avoir toujours un peu partagé quelque chose avec eux.
Ont-ils encore une place sur nos trottoirs et dans nos univers connectés ? (et sans tabac !)

Michel Volle
Aujourd'hui pas de sourire, on se demande même depuis quand, cette vieille femme, devant sa porte, n'a pas eu l'occasion de sourire.
Le regard perdu dans un passé lointain et définitivement révolu ou vers un avenir sans autre issue que celui d'une fin de vie ?
Et puis il y a cette chaise vide qui ajoute un poids supplémentaire à cette solitude.
Elle a du être occupée par le compagnon d'une vie ou une amie de toujours,
et puis tout le monde arrive un jour au bout du chemin.
Pardon si je vous plombe un peu le weekend mais l'époque n'est pas vraiment orientée vers l'optimisme,
qui semblait se dégager des sourires et de la photo d'hier.
Heureusement que "Mañana otra dia". [demain sera un autre jour]




Des hommes




Michel Volle
Si malgré sa condition, la vieille femme d'hier semblait afficher un certain optimisme, ce n'est pas le cas de cet homme aujourd'hui.
Un vendeur ? Un passant fatigué ? Un homme lassé par la vie ?
Si vous avez envie d'établir une transposition avec nos vies libre à vous, moi je vais rester dans ce marché couvert
où tous les visages étaient "découverts" et expressifs.
Que pourra-t-on dire de notre époque quand on en regardera les photos, enfin celles qui auront été prises, pas les miennes.
L'homme masqué ne m'a jamais intéressé, à moins que ce soit pour jouer un rôle, à Venise par exemple.
Mais ce genre de masques est de toute façon interdit tout comme les manifestations où on pouvait fièrement les porter et librement les photographier.

 

Michel Volle
Parfois en déambulant dans les villes, on peut être confronté à des scènes qui paraissent hors du temps.
Si cette photo est aussi ancienne que la précédente, on a l'impression qu'elle aurait tout aussi bien pu être prise hier,
à condition qu'il soit toujours permis de s'installer sur ce trottoir de Séville pour y faire commerce de ces antiquités.
La prestance de ce brocanteur s'harmonise parfaitement avec la valeur très hypothétique de ce qu'il vend,
mais cette valeur est sans doute plus du domaine du rêve que de la réalité,
comme le personnage qu'il veut être.

Michel Volle
Entrons encore dans une de ces bodegas qui semblaient, déjà il y a quarante ans, avoir traversé les époques.
Elles nous paraissaient pouvoir, devoir, rester en l'état jusqu'à la nuit des temps, à la manière d'un monument historique,
mais c'était sans compter avec une certaine modernité qui n'est pas prête à faire la moindre concession au passé
dès l'instant où ce dernier commence à céder du terrain.
Ainsi tolérer une publicité ou une modernisation pourrait annoncer d'autres transformations, prélude à une disparition prochaine.
La sagesse serait de ne toucher à rien mais hélas rien n'est éternel, à commencer par l'être humain.
Pourtant avec les normes renouvelées sans cesse, les règles sanitaires toujours plus rigoureuses et les progrès technologiques sensés nous servir,
on a tout mis en œuvre pour nous faire gagner un peu de vie.
Peine perdue !
Par contre ces lieux que nous aimions n'y ont pas résisté.

Michel Volle
Si la ville rejette une partie de ses populations, les villages aussi peuvent être désertés,
beaucoup de leurs habitants n'ayant pas résisté à ce qu'une vie de citadins leur faisait miroiter.
La chanson de Ferrat peut être entonnée dans toutes les langues.
Sur cette photo l'apparition de ce petit troupeau avec ses deux chevriers a quelque chose de surnaturel,
ils semblent sortis de nulle part, si ce n'est d'un passé lointain.
Pourtant nous sommes bien sur une place de village, mais il n'y aucune autre manifestation de vie.
Tous partis ?
A moins que nous soyons un peu optimistes et pensions que nous sommes peut-être un jour de fête, "a las cinco de la tarde",
auquel cas ils se seraient tous rendus à la placita de toros.




Des enfants




Michel Volle
Toutes les photos de cette série sont des "argentiques" bien entendu, et ça faisait longtemps que j'avais mis celle-ci en attente
car le négatif avait besoin d'une sérieuse restauration, comme beaucoup d'autres.
Voilà, aujourd'hui c'est chose faite.
Même s'ils doivent avoir maintenant la cinquantaine bien sonnée,
ces gosses du Puerto de Santa Maria restent, grâce à la photo, éternellement des enfants.
Ils "jouent" aux "pasos" et, en parcourant les rues, espèrent avoir quelques pesetas des touristes venus pour la "Semana Santa".
Où se situe la frontière entre croyance et réalité ?
Le jeu de ces enfants emprunte à la réalité, laquelle s'appuie sur des croyances, vérités pour les uns, fruits de l'imagination pour les autres.
Pas simple de se frayer un passage dans cette vie,
à moins qu'on se limite à jouer comme ces enfants,
surtout que ça peut tout de même leur rapporter quelque chose.




La vie, quoi…




06

Michel Volle
La fête ne dure qu'un temps. Voilà revenu le temps de l'école.
Les belles robes ont été rangées et les lieux joliment décorés abandonnés
pour retrouver un quotidien pas toujours facile à vivre mais où chacun à ses activités qui font la vie et qui permettent de poursuivre son chemin,
en espérant qu'un jour il sera plus facile de le parcourir.
D'abord pour ces enfants qui doivent souvent entendre :"Si tu travailles bien à l'école..."
et puis pour ces hommes qui vivent de récupérations de toutes sortes
et pour lesquelles on se demande bien ce qu'elles vont leur permettre de bâtir, en tous cas pas un avenir très reluisant.
Pour tous, avancer dans la vie risque de ne pas être une opération très aisée, surtout si les chemins à parcourir ressemblent à cette rue.

 

Merci, Michel, pour le partage de ce regard si aigu et si bienveillant …

 

 

 

 

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