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" VOICI L'HOMME..."



Les demoiselles d'Avignon, de Picasso

Comment comprendre ces déplacements et leur rapidité ?…





Nous vivons dans un monde de concepts et non de visualisation anecdotique :
par exemple, comment exprimer plastiquement la vitesse, le poids, la transparence ?…
On accède alors à un universel, car tous les êtres humains se retrouvent dans les concepts :
p. ex. pour exprimer la relation avec le divin, le style roman emploie le carré et le cercle… tout comme l'art de l'Inde ;
et si je fais voir un tableau du XXe siècle à une classe sans en dire le titre, tous les élèves trouveront la même réponse :
il exprime la vitesse… la puissance… l'espace…
L'abstraction conduit à/ouvre sur l'infini.
Au XXe siècle, les cadres de l'homme éclatent. Nous avons de moins en moins de points de repères.
Ce n'est pas d'abord parce qu'il a pu y avoir des liens entre eux que les artistes du XXe siècle suivent une route analogue ;
c'est d'abord parce qu'ils vivent le même monde.

La révolution industrielle a métamorphosé les comportements sociaux.
Avant, les dominants avaient les autres en charge, ils étaient leurs "sujets".
Ayant le pouvoir, ces dominants déterminaient le religieux, le politique, l'économique… et l'art.
Avec la révolution industrielle, des masses populaires importantes se forment
et acquièrent une conscience collective, qui n'existait pas dans la société agraire.
Elles forment une classe nouvelle, inattendue, sans précédant,
qui prend conscience de n'être pas "rien", d'avoir quelque chose à dire et à faire.
Alors, des artistes se mettent à ne plus créer sur "commande", mais parce qu'ils ont des choses à dire.
Le rôle de l'art et la condition des artistes changent radicalement.
L'art n'est plus télécommandé par les pouvoirs désireux de se faire honorer…
même si les grands artistes savaient se permettre certaines libertés.
Avant, c'était un art de la magnificence.
Maintenant, l'art n'est plus commandé par les pouvoirs.
Les arts partent "du bas" et voient le monde de ce point de vue.
C'est une énorme révolution !
Ce déplacement a commencé au cours de la seconde moitié du XIXe siècle,
par exemple avec Courbet et le rôle social de l'art.
Les impressionnistes ont poursuivi le mouvement en bousculant tout.
Autre facteur, la prise de conscience que la colonisation a assujetti des hommes considérés comme de seconde zone,
alors qu'ils sont des humains à part entière.
Les "Expositions universelles" où l'on exhibait des hommes comme des animaux
ont entraîné des réactions violentes chez certains… dont celles des artistes.
Avec Derain et Vlaminck, qui sont les premiers à repérer la beauté des masques africains,
les objets usuels des peuples "sauvages" passent du statut d'objet d'études ethnographiques à celui d'objets d'art.
Les travaux d'ethnologie de Claude Lévy-Strauss (né en 1908) et les recherches de l'archéologie vont dans le même sens :
les hommes d'autrefois et/ou d'ailleurs ne sont pas moins humains que nous.
Par ce biais-là encore, on assiste à un éclatement des sociétés et des conceptions de l'homme.
Après le réalisme social du XIXe et l'impressionnisme, il y a un saut, les 4 grands déclics du XXe…

On peut encore noter d'autres facteurs, déjà évoqués,
telle la découverte de la préhistoire (avec l'abbé Henri Breuil, né en 1877, le "Pape de la Préhistoire") :
alors que jusqu'ici, on considérait (cf. un Élie Faure) que peintures et gravures "préhistoriques"
n'étaient en réalité que des farces ou bien l'œuvre d'enfants.
Ces découvertes interrogeaient sur les racines de l'homme.
Non seulement l'homme sort de l'animalité, mais il n'est pas arrivé "tout fait".
Et que dire de la découverte que nous appartenons à une galaxie et qu'il en existe beaucoup d'autres ?…
Que dire de la découverte de l'inconscient avec Freud (né en 1856) ?…
Nous sommes tout petits et dans le cosmos et dans le temps ;
notre liberté est très conditionnée.
Or tout ces facteurs convergent plus ou moins vers les années 1900
et ils ne feront que s'amplifier tout au long du XXe siècle…
Dès lors, on comprend, par exemple, que l'on ait pu, dans l'entre deux guerres,
s'intéresser à l'art des marginaux, déconnectés de la société :
aliénés et malades mentaux, prisonniers, enfants
("J'ai passé toute ma vie à apprendre à peindre comme un enfant", dira en substance Picasso).
Ceux qui ne sont pas "normalisés" par la société sont plus inventifs.

Cette peinture nouvelle dit les choses de son temps dans un langage bien d'aujourd'hui.
Cela en fait un art philosophique plus qu'émotionnel, et du coup un peu élitiste.
Cependant, dans son livre sur "Le temps des cathédrales",
Christian Jacque note que les gens n'ont jamais compris l'art de leur époque ;
sauf les intellectuels.
On peut le regretter, mais cette tendance n'est pas nouvelle.

En ce moment, on est dans des "installations" très éphémères. C'est très intello.
Cf. les carrés à installer. On reste là 1/4h, assis au milieu, puis ils se mettent à parler…
l'installation est réalisée aux mesures du nombre d'or… la disposition des couleurs compte aussi …
Il y a aujourd'hui un déplacement de la mémoire :
on passe des livres à l'ordinateur, tout est dans l'instant ;
cela nous fait changer de temps, de monde.
Reste tout de même, dans l'art actuel, une certaine filiation avec l'avant.
Actuellement, on voit un retour à la figuration.
L'abstraction, cette invitation à l'infini, à l'élargissement du monde, ne dit plus notre temps.
Le retour à la figuration est un peu dans le genre du pop'art des années 60
(qui se posait contre la société de consommation),
mais aujourd'hui elle est sans prétention de lecture sociale :
ce sont des individus disant leur monde, plus qu'un élan commun.
Aujourd'hui, on est dans l'instant.
Notre monde se morcelle-t-il ?…

A travers leurs œuvres, les artistes nous disent les choses…
Mais comment discerner des œuvres actuelles vraiment significatives ?
Quand une œuvre nouvelle sort, elle produit tout un cercle d'ondes.
Les pairs réagissent d'abord et incitent l'artiste à la faire connaître.
Ensuite ce sont les galeristes, puis les critiques et, par eux, les media.
Et enfin les musées.
Ce qui fait que lorsque une œuvre arrive dans un grand musée, elle a déjà passée toutes ces étapes :
cela offre une certaine garantie de sérieux.
L'homme change sans arrêt, et la façon de le reconnaître, de l'exprimer, aussi.
L'art surprenant du XXe siècle… c'est nous !






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