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"LE SÉMAPHORE"

UN DÉCALAGE QUI PARLE

 

 

Le Sémaphore


 

ACF-Nîmes rencontre le directeur

 

du cinéma LE SÉMAPHORE

 

À l'origine, il y avait les cinémas de patronage des paroisses catholiques.
Ils ont ensuite donné naissance aux cinéclubs.
Mais si la création passait bien à Paris, ce n'était pas le cas en province.
D'où la création des salles d'art et d'essai, suite au mouvement de mai 68.

Reconnu Cinéma d'art et d'essai au vu d'un an de programmation,
LE SÉMAPHORE est devenu une institution à Nîmes,
ce que n'a pas laissé passer le «  Petit Futé ». :
Voici sa présentation :


Depuis 1976, les cinéphiles de Nîmes n'ont qu'une adresse, celle du Sémaphore.
Ce cinéma de quartier, véritable centre culturel,
diffuse des films indépendants en VO, documentaires, films pour enfants...
Dans les 6 salles, on peut y (re)voir nombre de films d'auteurs, français ou internationaux, dans l'actualité ou pas.
Régulièrement, des mini festivals thématiques y sont organisés ainsi que des avant-premières,
souvent en présence du réalisateur, de l'auteur ou d'un acteur.
Le cinéma abrite une cafétéria qui fait des tartes et des gratins excellents.

Le Sémaphore

Arts-Cultures-Foi de Nîmes a donc rencontré le directeur du Sémaphore, Jean-Sylvain Minssen.
En 1981, cet Avignonnais participe, dans sa ville, à la création du cinéma Utopia, où il reste six ans.
Après avoir voyagé dans l'Océan indien pendant un an, il rejoint le Sémaphore début 1988.
En 2016, le directeur prend sa retraite ; la société parisienne « Haut et Court » acquiert le Sémaphore.
C'est l'ensemble de l'équipe en place qui prend la suite de l'affaire.
Les rôles sont répartis.
Jean-Sylvain, directeur, est chargé de la thématique et du choix des films.
Comme quoi rater son bac n'empêche pas forcément de devenir un homme de culture !...

Comme le Petit Futé l'a pointé, les films sont toujours projetés en VO.
Le Sémaphore propose des semaines à thème, des rétrospectives, des films d'art et d'essai bien sûr, des courts métrages ;
mais jamais de films « commerciaux » à gros budget ni de séries.
Il propose aussi un festival de films britanniques.

La clientèle du Sémaphore est faite principalement d'instituteurs, de professeurs à la retraite, de scolaires, de papis et mamies.
Les 30-60 ans avaient l'habitude de venir à midi, aux sorties de bureau et le soir.
Quant aux enfants, pendant les vacances ils viennent voir les films programmés pour eux.
Ils sont très sensibles à la musique d'un film, aussi régulièrement
nous essayons d'avoir un musicien dans la salle comme au temps du muet ;
cela a beaucoup de succès,commente Jean-Sylvain.

Avec la Covid , « La vie a changé ! ». Une tendance s'est accentuée.
Le télétravail à domicile a entraîné la disparition des 30-50 ans.
Le Sémaphore en a fait les frais : cette tranche d'âge visualise les films chez elle.
Entre 12h et 14h, la restauration et la séance de cinéma sont moribondes.
Déjà équipés pour visionner les films chez eux, ces gens ont exploité les filons Internet du cinéma américain ;
films et séries numériques y sont formatés : images faciles, histoire qui doit comporter un noir, un handicapé etc.
Pendant l'épidémie, les tournages en numérique ont continué.
Cela a engendré du travail (un bien !) et une production à petit budget qui a inondé le monde numérique.
Du coup, les films qui nous intéressent sont vendus plus cher.
D'autre part, les gens, et surtout les personnes âgées, ne sortent plus le soir après diner.
Notre dernière séance est à 20h30.
Pour les familles, il y a bien le « trambus » en journée, mais pas en soirée.
Ce n'est pas sans raison qu'en ville, les activités et les conférences ont lieu vers 19h.
En milieu rural, il faut ajouter les frais de transport, et ceux de parking qui sont importants.
Tous les lieux culturels de la ville ont un problème de parking ; c'est capital.
L'installation du nouveau Palais des congrès, à deux pas du Sémaphore, supprime un parking et accentue le problème.
C'est ainsi que pour une famille de quatre personnes, une sortie au cinéma revient à une centaine d'euros.
Les gens vont au Kinépolis, aux portes de la ville, parce qu'il est plus pratique pour se garer, et plus confortable :
on y a 1,25m pour les jambes, au lieu de 80 cm au Sémaphore.
Mais nous allons avoir de nouvelles salles, plus confortables.
Il y a bien des aides ponctuelles de la part des pouvoirs publics, mais pas dans la durée.
Alors maintenant, avec la crise financière…
Et puis, tout est numérisé, maintenant.
Mais nous n'avons pas accès aux anciens films, comme les westerns.
Une société les a tous rachetés pour Disney… qui ne les numérise pas !
Le cinéma est une industrie.
Les grands groupes financiers y ont une grande place.

Comment rebondir ? Nous poursuivons un gros travail de « com »,
nous développons les partenaires,
nous sommes sans cesse à l'affût de nouveaux ponts avec le public.
Nous avons des passerelles avec le théâtre municipal, les musées, l'Association des amis du musée d'art contemporain (AAMAC), les écoles.
Nous avons passé une convention avec la ville ;
la moitié des enfants des écoles primaires de Nîmes a vu 3 films au Sémaphore dans l'année.
Il y a toute une éducation à faire avec les enfants pour leur montrer que le cinéma, c'est autre chose que la série :
quand ils arrivent au Sémaphore, leur première question est : « Monsieur, il est où, le popcorn ? »…
L'Association socio-éducative du CHU Carémeau fait des « Ciné débats ».
Nous avons aussi des « Ciné concerts », en lien avec PALOMA, la «  Scène de Musiques Actuelles » de Nîmes Métropole (SMAC).
Nous avons encore un partenariat avec les classes cinéma des lycées de la ville, avec le CADREF ( Université de la Culture Permanente et du Temps Libre).
En 2004, le Sémaphore a contribué à la création de la manifestation cinématographique de l'été :
« Un réalisateur dans la ville »,
puis il s'en est détaché en raison de sa gratuité.
Il y a aussi des succès inattendus, comme celui d' Antoinette dans les Cévennes grâce au bouche-à-oreille.

Un décalage qui parle. Le Sémaphore n'est pas cher, mais il est payant.
Jean-Sylvain Minssen et son équipe sont tout à fait opposés à la culture gratuite.
On les comprend : elle n'est pas un simple bien de consommation.
Pour eux, l'accès à la culture est l'un des grands enjeux de notre époque.
C'est pourquoi même si le Sémaphore est très sollicité (location de salles, etc.),
il ne souhaite pas dériver vers une activité purement commerciale.
Il tient à son identité culturelle.
Le film est ouvert sur le monde et, d'une certaine façon, une anticipation du monde
- comme toute création artistique digne de ce nom ! -.
Le film reste la base de la rencontre et non le discours.

L'équipe du Sémaphore considère qu'il doit rester un lieu culturel de rencontre et de partage :
c'est sa clef de voûte.
Un des buts de l'art est de procurer des émotions communes.
Aussi la sympathique cafétéria est-elle la « 7 ème salle » du cinéma !


Comment ne pas se féliciter que le directeur et son équipe fassent tout pour garder cette ligne ?
Voilà l’un des rares lieux à n’être pas bâti sur l’argent
et qui, tout en se servant de l’argent bien sûr, met l’humain et la rencontre à la source et au but de son activité.
Le décalage du Sémaphore "parle" !
Sa voix discrète mais forte mérite d'être entrendue.
Notre société a grand besoin de tels « signes », si modestes soient-ils en apparence.
Merci.


 

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