Cinéma
Il était un père - Yasujiro OZU
Japon 1942. Réal. Yasujiro OZU
À propos de “Il était un père”
Voici, pour sa première sortie en France, un film japonais de 1942 :
“Il était un père”, de Yasujiro
OZU.
En 1942 - nous sommes en plein cœur de la seconde guerre mondiale
- l'attaque
de Pearl Harbor, le 17/12/41, a eu pour effet l’entrée en guerre
des Etats-Unis.
Nous sommes dans le Japon Impérial, allié de l’Allemagne
et de l’Italie,
qui vient d’amorcer le processus qui le conduira
aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki.
OZU, qui peut être
considéré comme un monument du cinéma mondial
(un ”continent” même ! selon le qualificatif de Jacques
MANDELBAUM in "Le Monde" du 7/12/05),
nous livre une de ses premières
œuvres, et un très grand film.
Cette époque se situe entre deux périodes fastes du cinéma
japonais :
la première, de sa naissance jusqu'en 1941,
et la seconde
dans les années 50 qui en fera un des premiers cinémas du monde.
OZU semble donc isolé pendant cette époque de guerre.
Il ne réalisera d'ailleurs que deux longs métrages : “Les
frères et sœurs Toda” en 1941, et “Il
était un père” en 1942.
Pendant ce temps ,Kurosawa ou Mizoguchi, autres
grands noms du cinéma japonais,
réalisent des films que nous qualifierons
aujourd’hui d’alimentaires…
Dans cette période, qui va donner lieu aux pires excès de la guerre
sino-japonaise, puis américano-japonaise,
avec les pertes et les sacrifices
humains que l’on connaît,
l’intimisme et l’humanisme de “Il était
un père” contrastent
avec la propagande guerrière
et le culte des héros qui étaient alors les valeurs officielles
du Japon.
Le sujet en est : les relations d’un père avec son fils adolescent.
Le père veuf tient, plus que tout, à la bonne éducation,
à la réussite scolaire et sociale de son fils :
pour lui-même,
et pour être fidèle à la promesse faite à sa femme
qui vient de disparaître.
Les relations du père et du fils, traitées dans une optique toute
classique, loin des rivalités freudiennes actuelles,
sont empreintes
de sagesse et de dignité.
Malgré la volonté du père de rester prés de son
fils pour lui inculquer les valeurs traditionnelles,
la vie les séparera
:
le père regagnera Tokyo, seule façon pour lui de gagner l’argent
nécessaire aux études de son fils.
Le destin du fils sera donc de vivre sans le père ; il devra en affronter
et surmonter la disparition.
63 ans après, ce film retrace la vie de gens ordinaires confrontés
à des drames qui les dépassent.
Les sentiments humains y sont
exprimés avec pudeur, retenue et respect, avec un intimisme qui nous
touche profondément.
René Thibon.
"L’intimisme et l’humanisme de “Il
était un père” contrastent avec la
propagande guerrière et le culte des héros
qui étaient
alors les valeurs officielles du Japon… "
Encore le côté iconoclaste d'une expression artistique qui
ne s'accomode pas des doctrines officielles et autres pensées uniques.
Comme si OZU, au coeur du drame de son époque, percevait une vanité
dans les prétentions héroïques de sa culture ou/et de son
peuple…
ACF-Nimes
Arts - Cultures Foi de la délégation de Nimes
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