Logo d'ACF Nimes Cinéma


La Graine et le mulet - Abdellatif Kechiche

La Graine et le mulet


Réalisation Abdellatif Kechiche - Comédie dramatique
Avec : Habib Boufares, Hafsia Herzi, Faridah Benkhetache
France : 2007 - (2h31)
Prix Louis Delluc 2007


Palabres et “chikayas” nord-africaines autour d’un couscous au poisson.

Abdellatif Kechiche a réalisé d’autres part :
La faute à Voltaire en 2001- L’esquive en 2004, qui a obtenu 4 Césars,
et La Graine et le mulet, prix spécial du jury 2007 à la Mostra de Venise.

Le héros du film, Slimane, vient d’être licencié.
Il se sent dévalorisé, inutile et une certaine honte l’envahit.
Divorcé, il vit avec la patronne de son hôtel et la fille de celle-ci.
La seule chose qu’il ne veut vraiment pas, c’est “retourner au bled”.
Il ne veut pas non plus subir les humiliations qu’il a connues à son arrivée en France.
La fille de sa compagne l’aide dans ses recherches administratives
pour l’obtention d’un prêt qui se révélera insuffisant
pour réaliser son projet de restaurant sur une péniche ancrée dans le port de Sète.
Le couscous final, long à préparer et à réussir, comme toute bonne cuisine,
devrait réunir tout le monde dans une joyeuse ambiance méditerranéenne.

Nous sommes plus proches de Pialat que de Pagnol, quoi qu’en pense le critique du “Monde”.
À mon sens, il n’y a pas de place chez Kechiche pour la “pagnolade”.
Il n’y a ici aucune dérision,
mais un respect profond des personnages et de la dignité de chacun.
La mise en scène, en gros plans successifs,
l’utilisation remarquable du jeu des acteurs, pourtant presque tous non professionnels,
nous font vivre au sein même de cette communauté maghrébine ;
et la solidarité de ses membres aide Slimane à accepter la marginalisation du chômage.

Le couscous final, donc, devrait réunir les deux familles du héros,
permettre à sa premiére femme, dont il est divorcé,
de retrouver un havre, une communauté,
et contribuer financièrement à sa réussite.
La fin du film n’est cependant pas optimiste...

A propos de ce film, les critiques parlent volontiers de néo-réalisme,
évoquant De Sica et Desantis.
Je pencherai plutôt du coté de Renoir.
Quelles que soient les influences, on sait bien depuis L’Esquive
que Abdelatif Kechiche est un des grands réalisateurs français.
Il vient d’ailleurs de recevoir le prix Louis Delluc.

René THIBON

  

 

Ce film nous fait entrer dans la vie d'une communauté d'origine étrangère,
et, malgré ses déboires,
son héros n'a vraiment aucune envie de revenir au pays...
Son créateur est lui-même d'origine maghrébine,
et il s'affirme comme "un des grands réalisateurs français"...
Cette création est en même temps tellement "de chez nous"
et d'une telle profondeur dans son regard sur un quotidien "autre"
qu'elle est capable de toucher tout le monde...
Entre les cloisonnements du communautarisme et les exclusions de la crispation identitaire,
il y a place pour un "dialogue des cultures"
où chacun accepte de laisser la rencontre de l'autre
enrichir et modeler son identité au jour le jour.
La chose n'a rien d'utopique :
Abdellatif Kechiche et son film n'en sont-ils pas la réalité ?...
Quelle promesse !


ACF-Nimes


 

Logo d'ACF Nimes
Arts - Cultures - Foi, délégation de Nimes
Site créé par NPousseur