Affiche de la conférence sur le génie génétique

LE GÉNIE GÉNÉTIQUE :

NOUVEAUX HORIZONS OU TRANSGRESSION ?


"Les manipulations génétiques soulèvent autant d'enthousiasmes que d'oppositions.
Mais qu'est-ce au juste que le génie génétique ?
Et pourquoi nous fait-il réagir aussi fort ?"

C'est à ces questions que nous proposent de réfléchir les conférences-débats des mercredis 9 mars et 1er juin 2005,
respectivement aux amphithéâtres 'Carré d'Art' de Nimes et 'Jean-Baptiste Dumas' de l'École des Mines d'Alès avec des exposés de Gérard Devauchelle et de Yannick Breton

Cette conférence a été proposée conjointement par :
le service "Arts-Cultures-Foi" du diocèse catholique de Nimes, "L'École de l'ADN" de Nimes, l'École des Mines d'Alès, et le Centre Culturel Scientifique et Technique d'Alès.

Nous vous proposons 2 accès pour chaque partie :

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Le but était de ne pas s'enfermer tout de suite dans les questions éthiques de bon/mauvais, permis/défendu ; mais de commencer par prendre le temps de comprendre ce dont il s'agit et comment cette nouveauté bouscule nos cadres culturels, nos schémas de pensée. Sinon nous risquerions de plaquer des a priori sur des réalités nouvelles, que ce soit sous forme de peurs irrationnelles, de condamnations ou de naïvetés : on se souvient de l'affaire Galilée !…


Chercheur CNRS/INRA à Alès, Gérard Devauchelle
a d'abord montré que les échanges partiels de génome entre toutes sortes de vivants, essentiellement par le biais des virus, sont une réalité de la Nature ; il est même probable que notre propre patrimoine génétique en soit le fruit ! Le génie génétique actuel n'est autre que la découverte et la recherche de maîtrise de cette réalité par l'homme.
Cette expression de "génie génétique" désigne l'ensemble des techniques qui permettent d'isoler des gènes, de les transférer d'un organisme à un autre, d'étudier leur expression et leurs propriétés en leur faisant éventuellement subir des modifications.
Contrairement aux idées reçues, il y a bien longtemps que cette révolution génétique a commencé… sans le savoir : la transformation naturelle contrôlée qu'est la fermentation du raisin pour faire du vin en est un bon exemple… la sélection en vue de l'amélioration des espèces végétales ou animales en est un autre, et elle commence avec la révolution néolithique vers -8.000)…
Le génie génétique touche aujourd'hui les activités humaines les plus diverses : l'agro-alimentaire (cf. les ‘OGM’), la chimie (cf. les lessives), l'environnement (cf. la dépollution), la fabrication des matériaux (cf. les huiles industrielles), la santé humaine et animale (cf. les vaccins, les espoirs de thérapie génique). Il permet d'approfondir nos connaissances sur la structure et le fonctionnement des gènes ; mais aussi d'intervenir sur le patrimoine génétique des êtres vivants à des fins thérapeutiques ou pour conférer une propriété nouvelle à un organisme.
Le débat a fait ressortir que les problèmes soulevés aujourd'hui par les biotechnologies dans l'agro-alimentaire portent moins sur le principe que sur une utilisation mercantile trop rapide, dans un but d'enrichissement rapide et de puissance, sans prendre le temps nécessaire pour vérifier les risques ou/et les dangers éventuels à long terme.


Yannick Breton, maître de conférence à Nimes-Vauban, nous a donc proposé de réfléchir à la nouveauté culturelle engendrée par la démarche et les techniques du génie génétique… A l'évidence, le génie génétique bouscule notre notion de "nature" humaine car il pose une question inédite.
Jusqu'ici, l'homme reliait en lui l'inné, donné par la Nature, et l'acquis, élaboré par son savoir et son savoir-faire ; il créait la Culture. La révolution introduite par le génie génétique n'est pas le fait d'accroître la distance entre l'inné et l'acquis, mais le fait qu'il devient désormais possible de créer au niveau même de l'inné, du donné par la Nature qui semblait jusqu'ici intangible (même si l'on avait appris depuis déjà longtemps que ce "donné" lui-même était le fruit d'une Évolution…). On pourrait dire que l'acquis, le savoir, se "retourne" dans l'inné ; le rapport entre culture et nature, dont nous vivions depuis les Grecs, se trouve-t-il bouleversé. Devons-nous franchir ce Rubicon ou nous autocensurer ?… Ce qui est en question, c'est notre rapport à la vie. Qu'en est-il de l'homme ? Qu'en est-il de notre liberté ?… Un nouveau cadre pour la pensée, un nouveau 'paradigme', s'est ouvert… L'homo sapiens sapiens que nous sommes est entré dans une nouvelle aventure.

En fait, ce qui est réellement en jeu, c'est la condition humaine plutôt que la nature humaine. Nous avons à penser le génie génétique et à inventer notre responsabilité à son égard. Quels jalons poser dans ce sens ?
L'homme est à la fois un vivant, un 'système naturel', et un existant, un être de relations : avec les autres, avec lui-même, avec le monde ; cette seconde facette n'est pas matérielle mais spirituelle, métaphysique, de l'ordre du sentiment, de la psychologie. Il y a un saut entre les deux : je 'n'existe' pas que là où je 'vis' : par exemple, je vis ici et je pense avec affection à quelqu'un qui est ailleurs, ou à un problème qui se pose ailleurs. Question : l'homme est-il d'abord un vivant [alors il devient périlleux de toucher à l'inné. NDLR] ou d'abord un existant [alors il a au moins un certain accès à l'inné. NDLR] ? Nous devons aujourd'hui trouver de nouvelles articulations entre les deux aspects afin qu'ils ne se scindent pas, sinon nous allons tomber dans la transgression avec son funeste cortège de morts. Si l'homme n'est considéré que comme un existant, il a tous les droits sur le vivant : il n'y a plus aucune limite légitime à ses pouvoirs…. et qui sait où cela peut conduire ! Si l'homme n'est considéré que comme un vivant, il n'a plus aucun pouvoir légitime sur ce vivant : c'est la paralysie… et finis, par exemple, les espoirs de la médecine !
Ces deux aspects de l'homme ne sont pas séparables. L'être humain est créatif, pour le pire et pour le meilleur. Il n'a jamais été seulement conforme à son environnement, il l'a toujours modifié [cf. l'outil, le feu… NDLR]. Ce qu'il y a, c'est que, si la fission et la fusion de l'atome ont soulevé des espoirs et des inquiétudes, ils n'ont jamais interrogé sur la "nature" humaine et sur son lien à la culture, comme le fait le génie génétique. Avant, pour créer, il suffisait à l'homme de trouver ; avec le génie génétique, l'homme ne peut plus trouver que ce qu'il peut créer : il n'avait encore jamais rencontré cette question anthropologique.
C'est bien pourquoi le génie génétique n'est pas une simple question de spécialistes, de scientifiques, mais essentiellement une question de société et une question en chacun. Jusqu'ici, la science s'était attachée à déchiffrer le monde [et ce n'était pas sans entraîner ensuite des changements NDLR] ; maintenant, il s'agit directement de le transformer. C'est un phénomène socioculturel. C'est une question "politique". Il est urgent de tous s'interroger. Comment les sciences et les techniques affectent-elles l'avenir des cultures humaines ? Allons-nous dans le sens de leur désintégration (= transgression) ou dans le sens de nouvelles formes culturelles (= nouveaux horizons) ?…
Le génie génétique est notre création en même temps que sa nouveauté nous apparaît comme une énigme et un mystère. Personne ne connaît d'avance les chemins [pas même l'Église ! NDLR]. Nous sommes face à notre histoire collective. Cette aventure est celle de la décision créatrice : l'aventure même de l'homme.

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