ACF-NIMES FAIT SON BILAN
septembre 2005

EN QUOI NOUS PENSONS CONTRIBUER
A RÉALISER LA MISSION D'ACF
…Y COMPRIS EN NOUS-MÊMES


Il y a déjà le fait que nous sommes bien plus nombreux dans les équipes ACF
et qu'il s'y vit un certain dynamisme.
Sur les contenus, nous avons relevé 4-5 points :

1. Chercheur en génie génétique et philosophe… techniciens des matériaux et "techniciens" du génome…
athée, historien de l'art, et théologien… théologiens de diverses confessions…
hommes de la création artistique provoquants et prêtre…
tous ceux-là et public venu à leur rencontre…
des gens qui s'ignoraient passablement ont accepté le risque de la rencontre entre eux et avec nous ;
ils se sont écoutés, ont accepté de faire ensemble un bout de chemin
et ont changé quelque chose dans leur façon de voir l'autre…
parfois jusqu'à avoir ensemble un nouveau regard sur l'homme, sur la société, sur la foi chrétienne aussi.

Dans notre monde très éclaté et souvent anticatho, voire antichrétien,
cela nous semble être une promesse, dont le concile Vatican II pointe la portée :
"L'Église [est], dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen,
de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain (…)
Les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence :
il faut en effet que tous les hommes,
désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels,
réalisent également leur pleine unité dans le Christ." (Lumen Gentium §1)
Et encore : "Ce peuple messianique, bien qu'il ne comprenne pas encore effectivement l'universalité des hommes
et qu'il garde souvent les apparences d'un petit troupeau,
constitue cependant pour tout l'ensemble du genre humain
le germe le plus fort d'unité, d'espérance et de salut." (Lumen Gentium §9)


2. En écho à ce premier point : l'ensemble de ce que nous réalisons se joue
dans une présence active, engagée à/avec des personnes et/ou des institutions …
et pas seulement dans un regard sur…
Nous nous mouillons avec eux.
C'est apprécié, en particulier des artistes,
ces "gens qui ont une parole personnelle et qui s'engagent complètement dans ce qu'ils font…
ce qui est rare dans la vie !
"
Là, nous sommes entendus… voire attendus.
De ce point de vue, l'existence du site et d'expos virtuelles est très positive.

Quand l'Église parle officiellement : d'où parle-t-elle ?
Du dedans d'un engagement avec, d'une "compromission" (à sa manière, bien sûr !) dans ce dont il s'agit ?
En tout cas, elle donne souvent l'impression de parler "de son balcon",
et cela paraît peu recevable par notre époque.


3. Si elles sont honnêtes, les sciences (biologie…), y compris les sciences humaines (histoire…),
fonctionnent par hypothèses, par proposition d'explications,
et non plus par affirmations comme avant.
Il y a désormais une conscience vive que la condition humaine est faite d'incertitude,
ce qui appelle prudence et modestie.

Quand l'Église parle officiellement,
surtout en matière d'éthique sur les questions nouvelles mais pas seulement,
elle donne souvent l'impression de savoir, ce qui rend son expression peu recevable.
Il serait urgent aujourd'hui de tirer, sur ce point, les conséquences de l'Incarnation :
l'Église n'est pas au-dessus de la mêlée, elle partage la condition humaine.
Vatican II l'a déjà pointé, avec audace :
"Jusqu'à ce que viennent les nouveaux cieux et la nouvelle terre où habite la justice,
l'Église pérégrinante, dans ses sacrements et ses institutions qui appartiennent à ce monde,
porte la figure de ce siècle qui passe." (Lumen Gentium §48).
Si Jésus n'est pas un surhomme, si même les sacrements et les institutions fondamentales de l'Église appartiennent à ce monde…


4. En annexe à ce troisième point : pour les biologistes,
la notion de "nature" d'un être vivant n'a pas de sens.
Le génome d'une espèce est en mouvance constante…
L'Évolution montre que tous les vivants dérivent d'une même origine…
Si les acquis culturels nous donnent accès au cœur de l'inné, le génome,
au nom de quoi refuser cette nouveauté ?
au nom de quoi et comment la réguler, quand elle en a besoin ?…

Quand l'Église parle officiellement, surtout en matière d'éthique et de bioéthique,
elle fait souvent appel à la notion de "nature".
Ce terme est employé dans un sens en partie différent, qui remonte au Moyen-Âge ;
mais d'une part il inclut peut-être quelque chose des notions que la science actuelle récuse,
et d'autre part il est reçu dans les mentalités actuelles et de ce fait inaudible.
Comment parler le langage de notre temps en matière d'éthique ?
Les universitaires ont certainement beaucoup à dire et à apporter à ce sujet.

5. A travers la présentation par un "catho" (laïc ou prêtre)
de peintures contemporaines, souvent difficiles et agressantes (art d'avant-garde)…
de témoignages durs sur la Shoah (Etty Hillesum)…
de son propre itinéraire, non exemplaire, d'homme de théâtre (Olivier Py)…
des gens très divers par rapport à la foi chrétienne ont trouvé à la fois
un langage moderne, non poussiéreux,
et des richesses humaines inattendues dans ce monde qui semble se décomposer.
Ils en ont pas mal discuté entre eux.

Quand l'Église parle officiellement,
elle s'exprime souvent sur le mode de la mise en garde contre des dérives actuelles, voire du jugement ;
elle nourrit ainsi le pessimisme ambiant…
et fait peut-être le lit des charlatans du spirituel comme des désespoirs.
Ne pourrait-elle pas mettre au moins autant d'énergie
à déceler les traces de "grâce" qui travaillent notre monde,
qui a certainement autant besoin que d'autres d'être sauvé,
mais qui n'est pas moins travaillé que d'autres par l'Esprit de Dieu ?


6. Dans la peinture actuelle et quel que soit le rapport de l'artiste à la foi chrétienne,
on trouve souvent l'évocation du Crucifié
comme figure de l'inhumanité de l'homme envers l'homme
.
Parfois, cette évocation contient un appel, une ouverture…

L'Église de France cherche comment "proposer la foi" aux hommes d'aujourd'hui.
Ne serait-il pas essentiel de chercher d'abord les traits où la figure de Jésus les rejoint déjà
dans leurs propres interrogations et leur parle ?


Il nous semble évident que ces découvertes et les questions qui en découlent
nous touchent et nous concernent nous-mêmes.
Le jour viendra peut-être où nous pourrons rendre compte aussi
de notre propre cheminement sur ces routes au moins partiellement nouvelles pour nous.

 

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