Affiche de la conférence sur la bioéthique

BIOÉTHIQUE ET RELIGION

Conférence-débat : texte complet


par "L'École de l'ADN" et avec le soutien de "Arts-Cultures-Foi" Nimes
le 20 septembre 2005 à 18h30, amphi du lycée Daudet à Nimes



Gérard Devauchelle (chercheur INRA/CNRS - modérateur -) rappelle qu'en 1972, l'américain Paul Berg a été le premier à créer un OGM : un virus auquel il avait ajouté des gènes. Cette première lui a fait peur : "Et si, demain, on pouvait modifier tout organisme ?…" En 1975, il a lancé un congrès, qui a décidé d'un moratoire jusque en 1977 afin de réfléchir à ce qu'on peut faire ou pas. Puis une équipe anglaise a montré que ces échanges génétiques avaient lieu naturellement, et on a levé le moratoire.
C'est dire que ces nouveaux pouvoirs posent question. Dans le débat de société, il y a une composante religieuse à prendre en considération. Quelle est la réflexion philosophique et théologique des principales religions présentes en France aujourd'hui ?
Sur la proposition de M. Daidj, elles interviendront dans l'ordre historique de leur création.

Élie Botbol (juif, médecin) développe 3 points de réflexion.

 

Bruno Saintôt (catholique, jésuite) développe 2 de ses 3 points de réflexion pour rendre raison de ce qu'il croit et pense.

Mustapha Daidj (musulman, avocat) développe succinctement 3 points. _ La chance de l'Islam et son problème, c'est l'absence d'une autorité centrale, d'une "église", d'un clergé. Ce que je vais dire, c'est moi qui le dis. Vous pouvez rencontrer un autre musulman qui vous dira le contraire… De ce que j'ai pu comprendre de l'islam, je tire 3 idées fondamentales.

François Rochat (réformé, pasteur en retraite) développe 4 points.


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Dans le débat qui a suivi, plusieurs questions ont été soulevées :

° le lien risqué entre des références transcendantales et une réalité matérielle comme la biologie.
_ Bruno Saintôt : il y a des philosophes qui parlent de la réalité transcendante de l'homme, pas seulement les religions.

° les contradictions entre les religions et de leur passé de violences : où est la limite du sacré ?

° la biologisation de l'homme n'a-t-elle pas commencé avec la dissection, avec les vaccins ?…
_ Élie Botbol : en se généralisant, les techniques biologiques pourraient en arriver à oublier l'homme pour servir ses performances, et non l'homme lui-même. En voulant la vie et la performance à tout prix, on risque de dévier (voir le nazisme).
_ Bruno Saintôt : la "biologisation" est la crainte du réductionnisme : l'homme n'est que… Pas de difficulté à le dire quand on veut comprendre l'homme scientifiquement ; mais ça n'épuise pas la réalité humaine. Il y a plusieurs dimensions en l'homme, non réductibles au fonctionnement des molécules.
_ Mustapha Daidj : actuellement, las pays musulmans ont d'autres chats à fouetter ; sur ces sujets, ils sont retardataires. Mais ils sont choqués par la subtilité des discussions sur la bioéthique… alors que dans le même temps, 15.000 personnes âgées peuvent mourir seules de la canicule. Ils ne comprennent pas.

° le rapport entre "fonctionnement" (sciences) et "origine" (religions).
_ Bruno Saintôt : ne pas confondre 'commencement', qui est l'instant T° d'une série temporelle, avec 'origine', qui est ce qui nous soutient en permanence dans le temps. Il faut distinguer les séries causales, qui sont de l'ordre de l'explication, d'avec l'interprétation, qui est infinie car nous n'arrêtons pas de produire du sens. Mais il y a de multiples manières de donner sens à l'existence. Les religions sont une réponse parmi d'autres. Nos représentations de la vie bonne ont des répercussion sociales, économiques etc. Le spécifique de l'acte religieux est la remise de soi à un Autre. Mais nous avons à travailler en permanence notre argumentation.
_ François Rochat : "d'où je viens ?" est une question importante ; mais ce n'est pas "quel était T° ?" C'est "quel est le sens de ce que je vis au quotidien ?" La science est mondialiste et sans frontières. Mais l'homme est culturel, il n'apporte pas les mêmes réponses partout. L'éthique est locale, culturelle, et non mondiale.
_ Gérard Devauchelle : la science est sans frontières, mais on ne peut utiliser le travail des scientifiques pour faire tout et n'importe quoi. La communauté scientifique demande des éclairages aux religions et à la société. Il est vrai que des choix se font parfois en fonction des impératifs sociétals.
_ Jean-Christophe Lallement (École de l'ADN) : attention ! Le scientifique n'explique pas. S'il est honnête, il propose une explication. Il sait qu'elle est toujours provisoire. Il y a un devoir d'humilité de la science.
_ Bruno Saintôt : oui, il y a du relatif dans la bioéthique en fonction des conditions de la société, des techniques, des cultures etc. mais ce relatif étant situé dans une ambition de l'universel. L'Occident a produit une idée, une utopie de l'universel dont la "Déclaration universelle des droits de l'homme" est le symbole. On ne peut pas traiter les problèmes d'éthique que seulement par le culturalisme. Y a-t-il des invariants dans la condition humaine ? C'est la grande question philosophique !

Un aspect inattendus est aussi apparu :
° Gérard Devauchelle : le porc est le modèle animal le meilleur pour la transplantation d'organes à l'homme ; la question du rejet se résout avec les cochons transgéniques (reste la question des virus transmissibles à l'hommes ; ce qui d'ailleurs, rendrait le singe trop dangereux). Reste le problème d'éthique humaine, selon las pays et les religions. Les scientifiques continuent à travailler mais ce ne sont pas eux qui trancheront finalement.


Conclusion de Gérard Devauchelle : dans la bioéthique, il s'agit de servir la vie et de réfléchir à ce qui rend l'homme plus humain, de sa conception à sa mort.


(Compte-rendu d'après les notes de Jacques Teissier, ACF Nimes)

Les intervenants et leur schéma.... Page précédante

 

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