LA BIOÉTHIQUE : UNE QUESTION CULTURELLE AUSSI

Promesse d'humanité


Page 2 de l'article paru dans le revue Esprit et Vie n°222, d'avril 2010


Au risque de la créativité

Que nous devions accepter de franchir ce Rubicon ne semble pas poser de problème majeur à grand monde.
L'être humain est créatif, pour le meilleur et pour le pire.
Il n'a jamais été seulement conforme à son environnement,
il l'a toujours modifié, dès l'outil et le feu.
Nous pouvons le constater, c'est la même pensée qui « crée » :
- et ces extraordinaires formes concrètes de la pensée qui ont révolutionné la préhistoire
(on peut lire à ce sujet l'humoristique et savoureux petit livre de Roy Lewis :
Pourquoi j'ai mangé mon père ; Pocket, 2004, 183 pages),
tels les outils rudimentaires que sont les choppers, ou encore le feu, les arts, la religion,
- et les stations spatiales ou le génie génétique.
Si éloignées les unes des autres qu'elles nous paraissent,
ces formes d'expression reposent en réalité sur le socle même de notre existence :
sur notre rencontre avec ce qui nous est extérieur
et qui nous apparaît à la fois comme énigme à dénouer et comme mystère dans lequel entrer avec respect
.
La nouveauté, c'est simplement
que les techniques du génie génétique et leurs résultats sont notre « création »,
et qu'ils nous apparaissent en même temps comme nouvelle énigme et nouveau mystère.
On ne voit guère au nom de quoi nous pourrions refuser par principe ces nouveaux pouvoirs.

Cependant, ils questionnent, une fois de plus certes mais de manière encore inédite,
la condition humaine elle-même, c'est-à-dire notre rapport à la vie et notre liberté.
Nous avons à penser le sens et l'usage du génie génétique,
à inventer notre responsabilité à son égard.
C'est un nouveau cadre pour la pensée, un nouveau « paradigme », qui s'est ouvert.
L' homo sapiens que nous sommes entre dans une nouvelle aventure.
Comme il serait passionnant que les textes d'Église abordent cette recherche
à la lumière de la révélation biblique, de la riche histoire chrétienne, et bien sûr de la raison humaine !
Ce serait certainement une belle contribution à la marche de l'humanité
et un beau témoignage du Christ.
Quels jalons commencer à poser dans ce sens ?

 

Questionnement d'ordre anthropologique



L'Homme n'avait encore jamais rencontré cette question anthropologique.
Or son expérience historique lui a montré les dangers majeurs de la tentation prométhéenne
(l'instruction romaine sur la bioéthique y est particulièrement sensible.
On aurait aimé qu'elle fasse davantage sentir la profondeur de la chose,
p. ex. à partir du fameux « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » de Paul dans 1 Co 4,7) :
pour avoir voulu tout tenir et créer un Homme nouveau selon leurs seuls critères idéologiques,
l'idéalisme communiste et le racisme nazi ont abouti à des atrocités, hélas ! comparables…
De même, la psychologie, particulièrement dans le courant psychanalytique,
montre que l'Homme ne peut pas se construire humainement
sans accepter de s'imposer des limites, des « tabous » ;
nous payons aujourd'hui les conséquences du éducatives du fameux « il est interdit d'interdire » de mai 68,
même si ce séisme a eu aussi bien des vertus.
Nous ne pouvons pas ne pas nous demander
comment les biotechnologies affectent l'avenir de nos cultures humaines et de l'être humain :
quand risquons-nous d'aller dans le sens d'une transgression conduisant à une désintégration de l'Homme ?
quand allons-nous dans le sens de nouvelles formes culturelles, de nouveaux horizons humanisants ?
où fixer des limites aux nouveaux pouvoirs de l'Homme, et au nom de quoi ?
Voilà qui ouvre le champ à toute une recherche éthique.
Mais qui pourrait prétendre connaître d'avance et d'évidence les bons chemins
sur ce parcours encore inconnu…

Cette aventure est celle de la décision créatrice :
l'aventure même de l'Homme.
Nous sommes face à notre histoire collective.
Nous sommes tous questionnés.
C'est bien pourquoi la bioéthique n'est pas une simple question de spécialistes, de scientifiques,
mais essentiellement un phénomène socioculturel, une question de société,
à la fois question "politique" et question en chacun.
A ce titre, on ne peut que se féliciter des débats actuels.
Notre Église ne gagnerait-elle pas à chercher et à dire pourquoi, dans sa foi,
elle se réjouit pour l'Homme
et de ces nouveaux horizons
et de ces débats ?

 

 

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