SCIENCE, BIBLE ET THÉOLOGIE

 

L'Homme dans l'histoire du cosmos

 Intervention pour le groupe jeunes adultes de Nimes, le 14 janvier 2011

 

Il se dit que 40% des Américains ne « croient » pas à l'Évolution qui conduit jusqu'à l'Homme,
à cause des récits bibliques de la création, dans le livre de la Genèse …

Stephen Howking a écrit que, si le Big-bang n'existait pas, il n'y aurait plus de place pour Dieu Créateur…
Rappelons-nous l'affaire Galilée et les polémiques soulevées par Darwin…

Notre vision de l'Homme est liée à notre expérience de la vie, bien sûr ;
mais, en même temps, elle est conditionnée par notre vision du monde,
une vision du monde qui, depuis près de cinq siècles, est devenue scientifique.
Par la découverte de la cosmogénèse et par la théorie de l'évolution
-que le perfectionnement de nos techniques ne cessent d'enrichir-,
l'observation scientifique apporte aujourd'hui
une vision renouvelée de l'homme et de sa place dans l'univers.

Dès lors :
•  Qu'en est-il de la mythologie poétique du livre de la Genèse  ?
•  Qu'en est-il de Dieu « Créateur » ?

 

 

 

1. LA COSMOGÉNÈSE

 

 

Une nébuleuse


  L'univers tel que nous le voyons aujourd'hui
était considéré comme directement créé par Dieu.
La science a découvert qu'il était le fruit d'un processus vertigineux,
qui se compte en milliards d'années (dans les 14),
et qu'on appelle la cosmogénèse.
D'où son apparente contradiction avec les récits bibliques de la création.

L'image du monde actuel est domin ée par le modèle standard en cosmologie :
celui de l'expansion de l'univers.
L 'univers s'est formé à partir d'une « singularité » initiale, qui reste hors d'atteinte de la science .

En considérant la configuration actuelle de l'univers et en remontant vers son passé,
on voit se dessiner les étapes successives de la cosmogénèse
(cf. une passionnante émission TV, fin 2010-début 2011).
Chemin faisant, on découvre que son déroulement dépend de la valeur de constantes fondamentales :
celles-ci conditionnent la synthèse des noyaux d'hydrogène et d'hélium,
puis, par fusion nucléaire dans les étoiles, l'apparition des éléments lourds,
permettant une chimie organique et l'apparition de la vie.
Si ces constantes avaient été ne serait-ce qu'un peu diff érentes, le processus n'aurait pas pu avoir lieu.

Aux yeux du savant, ce processus est totalement aléatoire et dépourvu finalité propre.

Or voici qu'au XIXe siècle, on avait trouvé, chez les êtres vivants qui peuplent la terre, un processus comparable…

 

 

2. LA THÉORIE DE L'ÉVOLUTION

 

 

Une caricature d'époque de Darwin


  Depuis Aristote, les êtres vivants étaient classés d'après leurs caractéristiques physiques.
Au XVIIe siècle, Linné reformule et affine ce classement ;
il forme une arborescence logique, dans laquelle l'Homme prend place :
quand on va de l'universel au particulier, l'Homme y apparaît :
dans le règne animal… comme un quadrupède… « anthropomorphe » (avec les singes).
Pour Aristote et Linné, cette vision logique était statique.
Avec la théorie de l'évolution, l'arborescence logique apparaît comme le fruit d'une histoire.
L'humanité fait partie du genre homo
(avec les préhominiens ; mais pas avec les singes, qui sont un autre embranchement des anthropoïdes ),
et elle est un homo particulier désigné par l'expression sapiens :.
ainsi, parler d' homo sapiens relève du langage scientifique.
Mais parler d'« histoire », c'est soulever une question nouvelle :
s'il y a histoire, quelle est l'origine de ces êtres vivants ?...
et donc de l'homme, puisqu'ils apparaissent tous
comme des émergences au sein d'un processus continu !
Encore une apparente contradiction, majeure, avec les récits bibliques de la création.

La connaissance scientifique de l'évolution des êtres vivants repose sur des éléments divers.
Mais un point essentiel est la découverte des fossiles.
Or, sur ce point, la situation est paradoxale.
Il y a à la fois beaucoup et peu de fossiles.
Il y a peu de fossiles, en ce sens que l'on ne peut pas retracer de manière continue
une histoire de l'évolution de l'Homme, commencée avec les primates voici soixante millions d'années.
Il y a beaucoup de fossiles, en ce sens que l'on a retrouvé abondance de fossiles
(près de 50 000) dans une région de l'Afrique :
cela permet de penser que l'humanité est née dans un foyer unique, la vallée de l'Omo,
et qu'elle s'est dispersée ensuite à la surface de la terre.

On peut dire que, voici quelque 7 millions d'années,
une bifurcation a eu lieu au sein d'une même population,
et qu'elle a produit deux embranchements :
l'un a donné naissance aux grands singes
-le chimpanzé en particulier, qui apparaît comme le plus proche de nous-,
et l'autre à l'Homme.

Quel est l'ancêtre du genre humain ?
La question reste ouverte…
L'histoire de Lucy ( environ 3,2 millions d'années) est fort significative.
En 1974, on a retrouvé une part importante du squelette (52 ossements sur 206)
qui permet de noter sa bipédie (avec une démarche différente de la nôtre).
Au moment de sa découverte, elle a été considérée comme une ancêtre de l'humanité ;
maintenant, on la place sur un rameau divergent...
C'est significatif de la difficulté fondamentale pour retracer l'histoire de l'émergence humaine :
la vision change selon les découvertes.
La bifurcation du genre Homo , elle, date de deux ou trois millions d'années ;
on n'a pas de documentation hors du bassin de l'Omo.

Comment se forment tous ces embranchements ?
Il est sûr que la diversification qui fait émerger l'Homme a lieu
selon des critères qui correspondent à toutes les autres espèces de vivants.
Quand un milieu change, les nouvelles contraintes obligent à une adaptation.
Le plus apte transmet à sa descendance les gènes qui favorisent sa survie dans ces conditions nouvelles.
Il se fait ainsi une sélection qui produit peu à peu une spéciation
(cf. lion et tigre, âne et cheval sont encore interféconds :
ils sont proches génétiquement, leur ancêtre commun n'est pas très éloigné ;
mais leurs produits sont stériles : la spéciation est déjà trop avancée).

Voilà, à gros traits, la théorie de l'évolution.

Nota bene n°1
Si le résumé précédent donne l'impression de boucler sur des incertitudes, il ne faut pas l'entendre comme une dévalorisation des découvertes.
Les incertitudes ne contrarient en rien la théorie de l'évolution ; en effet, elles font partie de ses méthodes et de ses principes, qui sont ceux de la science.
Il faut se souvenir qu'une théorie n'est pas un discours achevé, mais un programme de recherche, toujours ouvert et accueillant la nouveauté.
Dire que l'on ne sait pas, ce n'est pas nier la valeur de sa recherche, mais avoir le souci de la porter plus avant.
Reconnaître que l'on ne sait pas encore retracer minutieusement l'arbre qui va des primates à l' homo sapiens n'enlève rien à la valeur de la vision actuelle.
Ses lignes générales s'imposent.

Nota bene n°2
Les critères qui permettent de déterminer une population humaine ne sont pas imposés par l'observation ;
ils sont choisis en fonction d'une certaine compréhension que l'être humain a de lui-même.
Ainsi, choisir la station debout , c'est prendre un critère physique lié à la structure générale des aptitudes humaines :
libération de la main, valorisation de la face et des sens, développement du cerveau.
On peut prendre comme critère l'existence de l'outil .
L'outil marque en effet un rapport de la population à ses activités où intervient la prévision (on garde l'outil pour un usage ultérieur)
et donc une activité de pensée et de réflexion.
La détermination de la nature de l'outil donne des critères culturels qui différencient des populations.
On peut prendre pour critère l'organisation sociale
et voir dans la communication entre les individus et la spécialisation de leurs fonctions un trait spécifique, lié au langage.
On peut aussi prendre comme critère le rapport à l'invisible ,
comme par exemple les sépultures qui honorent les défunts et donc s'inscrivent dans une thématique que l'on peut qualifier de religieuse.
C'est prendre comme critère une dimension de transcendance.
La création artistique relève du même niveau.
---> Si le choix du crit ère n'est pas imposé par la science, s'il vient d'une certaine compréhension de soi par l'être humain,
il en découle qu'en paléoanthropologie, la notion de science est assez particulière :
l'être humain parle de lui, son objectivité n'est pas celle du physicien, du chimiste, ni même du biologiste.
Dire que cet homo est sapiens, c'est en même temps :
prendre acte des observations, et exprimer une conviction sur l'identité humaine.


Voilà pourquoi la question, qui nous occupe, des rapports entre la théorie de l'évolution et la Bible n'est pas nulle.
D'une part, il y a forcément interaction entre la vision que l'on a de l'Homme et l'appréciation des résultats de l'observation scientifique.
D'autre part, puisque la science moderne est n ée en Europe,
comment n'y aurait-il pas confrontation entre la Bible -un des textes fondateurs de la culture européenne-
et la science de l'anthropologie !
Ainsi le terme Homo sapiens ,
-qui se rapporte à toute l'humanité en disant ce qui lui est spécifique du point de vue de la science-,
rencontre-t-il forcément le terme Adam tel qu'il est employé dans le premier récit de la Genèse.

N.B._ Cet exposé doit beaucoup aux écrits du P. Jean-Michel Maldamé, op.


On trouvera à la page suivante la réflexion sur Évolution et Bible

.. Vers la page suivante


 

Logo d'ACF Nimes
Arts - Cultures Foi de la délégation de Nimes
Site créé par NPousseur