SCIENCE, BIBLE ET THÉOLOGIE

 

L'Homme dans l'histoire du cosmos

 Intervention pour le groupe jeunes adultes de Nimes, le 14 janvier 2011

 

Il se dit que 40% des Américains ne « croient » pas à l'Évolution qui conduit jusqu'à l'Homme,
à cause des récits bibliques de la création, dans le livre de la Genèse …

Stephen Howking a écrit que, si le Big-bang n'existait pas, il n'y aurait plus de place pour Dieu Créateur…
Rappelons-nous l'affaire Galilée et les polémiques soulevées par Darwin…

Notre vision de l'Homme est liée à notre expérience de la vie, bien sûr ;
mais, en même temps, elle est conditionnée par notre vision du monde,
une vision du monde qui, depuis près de cinq siècles, est devenue scientifique.
Par la découverte de la cosmogénèse et par la théorie de l'évolution
-que le perfectionnement de nos techniques ne cessent d'enrichir-,
l'observation scientifique apporte aujourd'hui
une vision renouvelée de l'homme et de sa place dans l'univers.

Dès lors :
•  Qu'en est-il de la mythologie poétique du livre de la Genèse  ?


On trouvera à la page précédente la présentation de la Cosmogénèse et de l'Évolution des êtres vivants

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3. ÉVOLUTION ET BIBLE

 

 

Une nébuleuse


  Qu'en est-il donc de la rencontre entre Homo sapiens et Adam  ?
Adam conteste-t-il la théorie de l'évolution ?
Se trouve-t-il, au contraire, renvoyé par la science au musée des vieilleries ?...

Le terme Adam désigne à la fois l'homme et l'humanité, mais de deux manières
Le terme hébreu Adam ( l'Adam ) figure dans les premières pages de la Bible, au livre de la Genèse.
Le lecteur y trouve deux récits juxtaposés qui rapportent, de façon fort différente, la création de l'humanité.

° L e premier récit (Gn 1,1-2,4a) est une sorte de poème rythmé
qui met en ordre des éléments dans une suite logique de production :
le temps et l'espace, puis le ciel et la terre, puis les continents et la mer, puis les plantes, puis les animaux
et enfin, comme couronnement, l'humanité.
Celle-ci est désignée par le mot hébreu Adam .
Que signifie ce terme ?

Adam est un nom masculin, dont le f éminin, Adamah, signifie la terre.
Adam et Adamah ont d'ailleurs une racine commune avec le mot qui désigne la couleur rouge :
le brun-rouge de la terre fertile en Orient, et le sang qui est la vie.
Parler de «  l'Adam  » - dans le texte hébreu, il y a l'article-,
c'est donc évoquer un être en partenariat avec la terre.
On pourrait traduire par « le terrien », l'habitant de la terre…
ou, mieux encore, par «  le terreux », celui qui est fait de la même étoffe que la terre féconde (cf. le second récit : Gn 2,7)…
ou même par la trouvaille, très évocatrice, d'André Chouraqui : « le glébeux ».

Le deuxième chapitre de la Genèse présentera le Créateur comme un potier qui « modèle » l'argile.

Dieu déroule-t-il son plan ?

Mais le premier chapitre, qui est en fait de rédaction plus récente, corrige cette image du potier.
Nous lisons d'abord : « Dieu dit : " Faisons l' Adam à notre image et ressemblance" » (Gn 1, 26),
puis, selon le style littéraire de l'hébreu, nous lisons ensuite une phrase parallèle :
« Dieu créa l'Adam à son image » (Gn 1, 27).
Autrement dit, ‘créer' et ‘faire par la simple parole', c'est pareil.
Le verbe bara, « créer », dit la création immédiate, sans "matière première", ‘de rien' : par la simple parole.

On peut donc légitimement traduire Adam par « Homme »,
avec une majuscule : au sens de l'être humain.
Mais en français, le mot «  homme » désigne aussi le "mâle" en vis-à-vis de la femme.
Si bien que la traduction habituelle reste équivoque quand le texte est lu à haute voix.
Dans la nouvelle traduction de la Bible de Segond,
le terme Adam est rendu par un pluriel : « les humains ».
Pour la lecture à haute voix, il est peut-être plus simple et plus clair de dire « l'humanité » :
un mot qui dit à la fois la spécificité de l'Homme et sa dimension collective.
On voit, en tout cas, la maladresse d'employer le mot Adam comme le nom propre d'un individu,
comme s'il s'agissait du premier homme.
Pour l'auteur biblique, il s'agit de l'humanité au présent, telle qu'il la voit.
Cette constatation porte en elle une ouverture :
elle nous invite à voir nous-mêmes l'humanité telle que nous la connaissons aujourd'hui.

° Le second récit de la Genèse (Gn 2,4b-3, 24), par contre, est différent.
Là, le terme "l' Adam" se rapporte à un être placé en vis-à-vis de la femme :
on doit le traduire par ‘homme' au sens sexué du terme.
Et c'est un singulier, puisqu'il s'agit d'un acteur individualisé dans le récit inaugural de l'histoire humaine.

Dans ce second récit en forme de mythe des origines, avec la création et la chute (le « péché originel ») de l'homme,
le terme Adam ne désigne plus l'essence de l'être humain
mais l'homme type :
il est la figure universelle de tout homme
engagé dans la difficulté de vivre selon les exigences du sens moral et la fidélité à l'Alliance avec Dieu.
L' Adam apparaît comme le patriarche de l'humanité,
tout comme Abraham sera le patriarche du peuple d'Israël.
Or dans la Bible , un patriarche est celui qui, par son action, entraîne son lignage dans un sens ;
par exemple, la bénédiction d'Abraham passe à toute sa descendance
tandis que la malédiction de Cham, fils de Noé, passe à ses descendants, le peuple de Canaan.
Cette situation de patriarche invite à ne pas limiter le nom Adam au premier homme.
Le texte du second récit de la création de l'Homme ne répond pas à la question du commencement de l'humanit é :
il parle de la condition humaine, au présent.


Pour bien comprendre cette conclusion, il faut préciser la manière de lire le texte biblique.

Apprendre à lire la Bible pour ce qu'elle est

Pendant des siècles, on a lu la Genèse comme un compte-rendu de la formation de l'univers, dont l'Homme ;
les connaissances du temps, historiques et géographiques, s'accordaient facilement à ce récit :
quel besoin d'aller chercher plus loin ?
Les Pères de l'Église et les Docteurs médiévaux parlaient donc d'Adam et d'Ève
comme des deux ancêtres de l'humanité, aussi réels dans leur existence que David ou le prophète Isaïe.

Avec la géologie et la paléontologie, qui faisaient apparaître une histoire immense et complexe,
un tel cadre ne pouvait plus convenir.
La question a suscité dans la conscience européenne une crise grave,
qui s'est manifestée -surtout au XIXe siècle- dans les universités.
Mais elle n'est pas restée dans le cercle des érudits :
elle a touché un vaste public.
Le choc a été rude, surtout chez les catholiques, très attachés à une juste formulation de la foi ;
ils ont eu la chance de pouvoir bénéficier du travail de grandes intelligences, comme le P. Lagrange.
Protestants d'abord, puis catholiques aussi,
les chercheurs ont mis en œuvre de grandes exigences intellectuelles
pour lire le texte biblique rigoureusement et déterminer son sens premier,
c'est-à-dire ce que les auteurs bibliques avaient voulu dire en leur temps.
Ils ont montré comment ce sens premier était ouvert sur des lectures symboliques capables de traverser les âges.

Gros travail !
Pour lire correctement un texte, il faut d'abord le lire dans sa langue originale
et pas seulement dans des traductions.
Il faut tenir compte de son contexte historique et culturel,
et donc le comparer aux textes contemporains, à savoir la littérature du Proche-Orient ancien.
C'est ce qu'on appelle la méthode historico-critique.

D'autre part, la détermination du sens d'un texte suppose de tenir compte de l'intention de leur auteur humain :
qui parle ? à qui parle-t-il ? pour-quoi parle-t-il ?...
Les méthodes de la linguistique actuelle sont précieuses
pour faire apparaître les richesses de ces questions apparement banales.

Le sens littéral du texte est aussi déterminé par l'analyse par ce que l'on appelle un « genre littéraire » ;
chaque genre littéraire a ses richesses et ses contraintes
qui sont les exigences propres de l'expression humaine.
Par exemple, ce n'est pas parce que La Fontaine fait parler les animaux
qu'il faut en conclure qu'au XVIIe siècle, les animaux parlaient !
La Fontaine n'est pas Linné : il écrit des fables.

C'est ainsi que l'analyse rigoureuse des premières pages de la Bible
a montré que le premier récit de la Genèse avait été écrit par des prêtres
sur le mode de l'hymne liturgique,
et que le second avait été écrit par un sage cherchant à dire, par un récit analogue à celui des mythes,
pourquoi la vie est à la fois si belle et si difficile.
Selon la doctrine catholique, déjà exprimée clairement par saint Thomas d'Aquin,
« l'inspiration » des auteurs bibliques n'est pas une manipulation de l'être humain par Dieu
pour lui faire dire ce qu'il ne penserait pas.
Dieu est respectueux :
pour dire sa « Parole », il passe par les capacités humaines et les connaissances des auteurs.

Les découvertes scientifiques des XIXe et XXe siècles ont amené une redécouverte, tout à fait inattendue, de cette réalité  !
Les premiers chapitres de la Genèse ne pouvaient plus être lus naïvement
comme une information sur les ancêtres de l'humanité actuelle.
On l'a découvert grâce aux découvertes prodigieuses de nos sciences,
qui transformaient la « représentation » que nous nous faisions du monde et de l'Homme.
Au premier abord, ces découvertes paraissaient casser les bases de la foi...
Il avait pourtant fallu les entendre et chercher à les comprendre, honnêtement,
avec les questions inédites qu'elles soulevaient.
Il avait fallu accepter de se laisser déranger…
accepter de n'avoir pas de réponse claie tout de suite…
entrer dans des débats internes et externes souvent chauds…
tenir compte des questions - souvent mal gaulées ! - posées par les autorités de l'Église, tout en restant libre…
Pas facile.
Il y a fallu plus d'un siècle.
Plus d'un a désespéré (Renan, Loisy…).
Grâce à tout ce combat, c'est devenu assez évident pour nous aujourd'hui :
il suffit de dire que la Bible n'est pas faite pour nous renseigner sur ce que nous pouvons trouver par notre intelligence,
mais pour nous dire comment nous sommes aimés de Dieu,
pour nous montrer le chemin du salut qu'il nous propose et ce qu'il attend de nous.
Voilà, je crois, la grande leçon de ce bout d'histoire chaotique,
qui fait partie du contentieux, hélas toujours actuel mais sur d'autres points, entre l'Église et la modernité.
« On ne peut convertir que ce qu'on aime », disait à peu près le P. Teilhard de Chardin ;
je me permettrai d'y ajouter que, quand on aime,
on est aussi « converti » soi-même à quelque chose par l'autre …


Résumons-nous.
Adam et Ève ne sont pas des individualités isolées,
mais des figures englobantes pour dire qu'il s'agit de tout homme et de toute femme.
La Genèse ne répond pas à la question de nos origines,
posée aujourd'hui par la paléontologie humaine et par la théorie de l'évolution ;
et elle n'a p s à y répondre.
Quant au premier récit de la Création ,
il ne peut davantage être compris comme une narration de la formation des éléments
depuis ce que l'on appelle communément le Big Bang.

Reste une question de fond.
Nous sommes devenus capables de voir et de raconter le processus, le fil,
qui conduit du fameux
Big bang jusqu'à nous :
dans ces conditions, parler de Dieu Créateur a-t-il encore du sens ?
<


N.B._ Cet exposé doit beaucoup aux écrits du P. Jean-Michel Maldamé, op.

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On trouvera à la page suivante la réflexion sur Dieu créateur

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