Les crises culturelles de notre temps :

 

sous le signe de la relativité/fluidité

 

Conférence-débat au Cercle Condorcet de Nîmes

le 7 novembre 2013, à l'Agora

 

 






2. Vous avez dit : « crise » ?


L'existence même d'une crise ne devrait pas trop nous étonner.
Le « Grand récit » de la formation du cosmos - dont l'apparition de notre terre et l'évolution des êtres vivants sur cette terre-
nous montre cette cosmogénèse comme une émergence aléatoire, qui ne cesse de traverser mille et une « crises »,
des crises parfois irrémédiablement destructrices
(cf. l'explosion cataclysmique des supernovae, l'extinction des dinosaures ou la disparition de la formidable culture de l'Égypte antique).
C'est dire combien nous devons nous garder du catastrophisme, dans nos crises actuelles - dont les crises culturelles.
Tout en essayant d'être lucides sur ce qui peut se détruire et sur les risques encourus,
il nous faut rester à l'affût de ce qui est peut-être en train de naître de nouveau, de bénéfique, d'humanisant.

En ce qui concerne spécifiquement les crises culturelles de l'humanité,
il me semble qu'elles sont provoquées par l'émergence d'une nouveauté d'ordre culturel
qui vient perturber et remettre en cause – c'est-à-dire mettre en « crise » - un consensus culturel largement établi
.
Ces nouveautés peuvent être fort diverses, et en même temps s'entrecroiser.
Par exemple :
° L'émergence de nouvelles sensibilités
(cf. revendication de la liberté de conscience ;
cf. Roy Lewis Pourquoi j'ai mangé mon père  ;
cf. les revendications féministes ;
cf. le désir de décider soi-même des début et fin de vie : contraception, PMA, GPA, IVG, euthanasie ;
cf. la religion discréditée en tant que source de violences) ;
ou encore l'apparition de situations nouvelles
(cf. le brassage de cultures et de religions différentes sur un même espace et au sein d'une même nation)
qui viennent bousculer les mentalités.
° L'apparition nouveaux savoirs
(cf. les découvertes de Galilée, de Darwin, d'Einstein ;
cf. la découverte des richesses de cultures prétendues « primitives » ou«  préhistoriques »)
qui viennent remettre en cause une vision du monde.
° L'acquisition de nouveaux pouvoirs
(cf. la biologie moléculaire, le diagnostic prénatal, l'Homme bionique, l'énergie atomique ;
cf. l'exploitation des forêts primaires ou des gaz de schistes ;
cf. Internet et les piratages ou les « Grandes oreilles »),
dont la mise en œuvre délicate
engendre des incertitudes, des inquiétudes sourdes
et suscite d'âpres débats : que faire ? y a-t-il des limites ? et si oui, où les placer ?
° L'expérience des effets pervers d'une réalité nouvelle jusqu'ici considérée comme un progrès
(cf. le triomphe de la raison… n'en a pas moins engendré les illusions du scientisme, les idéologies meurtrières du nazisme et du communisme ;
cf. le triomphe de la science et des techniques… n'en a pas moins engendré les périls de la bombe atomique et de la crise écologique ;
cf. la prospérité matérielle créée par le libéralisme économique… n'engendre pas moins des disparités scandaleuses
et, pire encore, une chosification de l'humain ainsi qu'un transfert du pouvoir des peuples vers la loi du marché et de la finance ;
cf. la liberté de conscience… se mue en individualisme),
qui engendre scepticisme , méfiance, désengagement.

Bien des phénomènes actuels peuvent ainsi être vus à travers le prisme d'une crise culturelle :
° Aujourd'hui comme toujours, les réalités humaines sont à la fois mouvantes et ambiguës,
c'est-à-dire jamais figées et toujours susceptibles d'apporter des améliorations aussi bien que de provoquer des ravages
(cf. le brassage des cultures et des religions qui peut se retourner en choc des civilisations).
° L'inédit de notre époque tiendrait plutôt, me semble-t-il, à deux faits :
•  d'une part, les nouveautés culturelles sont particulièrement critiques, tant elles sont rapides, radicales et de portée universelle ;
•  d'autre part, en devenant conscients des processus de genèse culturelle comme inhérents à la condition humaine,
nous cherchons à les conduire, sinon à les maîtriser ;
mais le chemin n'est pas balisé.

Dans la suite, je me centrerai moins sur une description des crises culturelles, simplement évoquées,
que sur leurs sources culturelles profondes.
Il me semble que c'est la meilleure manière de les comprendre, d'en mesurer la portée et de chercher à les assumer.


 

3. De grandes nouveautés culturelles, sources de « crises »

1&2- Une nouvelle vision du monde et de l'Homme


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