La Terre vue du ciel

 

Le district paroissial Nimes-Nord proposait le 2 décembre 2007
une rencontre de partage et de réflexion sur la question :


CRISE ÉCOLOGIQUE


ET ESPÉRANCE CHRÉTIENNE


 

La question de notre environnement est devenue cruciale
pour l'avenir de notre planète et de l'humanité :
comment nous concerne-t-elle comme chrétiens ?
En ce temps de l'Avent et de Noël, comment concerne-t-elle notre espérance ?
Nous avons procédé en trois temps :



1. Comment ai-je pris conscience de la question écologique ?

Notre prise de conscience s'est jouée par des chemins et sur des points très divers.

- Des expériences personnelles marquantes
° Aux Saintes-Maries de la Mer, la plage a reculé : maintenant, il n'y en a plus !

Feuillus et résineux
° A 16 ans, un oncle de Haute-Loire m'a fait "découvrir sa forêt".
A 85 ans - quelle espérance ! - il avait planté d'arbres des centaines d'hectares :
"Deux feuillus pour un résineux, sinon les terres vont s'acidifier".
° Le potager de mon grand-père avait été vendu ;
à la place, il y avait un parking goudronné… sans voitures !
° Tous les autres se moquaient d'un de mes oncles
qui refusait d'employer des engrais chimiques et fumait sa terre comme autrefois.
Cinquante ans après, les autres avaient brûlé leurs terres,
et les champs de mon oncle, les seuls à bien produire, s'arrachaient…
° Quarante ans après, je suis retournée en Tunisie.
Les grands jardins d'orangers que j'avais connus dans mon enfance
n'étaient plus que des troncs coupés et secs :
l'eau est monopolisée par les 250 hôtels internationaux de luxe construits pour les touristes.
° Les "découvertes" pour prolonger l'exploitation du charbon en Cévennes
ont détruit le 'serre' (nom cévenol d'un mont) de mon enfance
où j'avais découvert la nature.
C'était aberrant : il y avait une question sociale réelle ;
mais le charbon est un grand polluant,
et celui-ci revenait à deux fois le prix sur le marché international.
En plus, ils n'ont replanté que des résineux…
° Quand j'étais enfant, j'avais voulu me faire un petit jardin dans une boîte.
Mes plantes poussaient mal.
Mon père m'a dit : "La terre est pauvre, il te faut la nourrir."
Ah, bon ! Alors j'y ai mis des épluchures,
j'ai arrosé avec de l'eau où rouillaient des clous,
et mes plantes sont devenues magnifiques…

Cheminées d'usines
- Des rencontres fortuites qui font prendre conscience
° Je suis allé récemment à une exposition à Saint-Rémi de Provence :
il y avait des affiches du XIXe représentant des cheminées d'usines fumantes !
A cette époque, on n'avait pas conscience que l'atmosphère était limitée…
Pour moi, c'est venu progressivement ; j'ai découvert que les réserves de pétrole n'étaient pas inépuisables.

- Des événements de la vie internationale qui frappent
°René Dumont, ingénieur agronome et futur candidat à l'élection présidentielle,
est allé en Côte d'Ivoire à la demande de Houphouet de Boigny pour aider le pays à développer son agriculture.
Quand il a vu le palais en marbre du président,
il demandé d'où venait ce matériau.
On lui a dit : de Carrare.
Devant ce gaspillage inutile, il est reparti aussitôt.
C'est là que j'ai pris conscience de la question.

- Des émissions radio et T.V. qui sensibilisent
° Dans les années 70, il y a eu des campagnes
contre la pollution individuelle (jeter des papiers par terre etc…).
° L'annonce d'espèces animales et végétales en danger
ou disparues du fait de l'homme.
° Des émissions de T.V. comme celles du Cdt. Cousteau…
les "Barbapapa" pour les enfants… des émissions sur l'actualité…

- Des éducateurs qui font réfléchir
° On a été éduqués à ne pas gaspiller (cela préparait une sensibilité à l'écologie).
° En 3e, vers 1955, un prof de géographie nous avait appris la dérive des continents et la fonte des glaces :
je suis toujours resté sensibles à ces questions.

Marée noire
- Des catastrophes écologiques qui alertent
° Les grandes marées noires ont fait peur.
Mais… d'où venaient-elles ?…
C'étaient des images de nos activités collectives !

Cochons sur caillebotis
- La découverte d'autres manières de produire et de vivre crédibles
° J'ai vu que les élevages intensifs des porcs sur caillebotis produisaient des lisiers très polluants.
Mais ceux qui font moitié porcs/moitié bovins répandent leur lisier sur leurs herbages,
et les choses s'équilibrent.
° Je récupère les eaux de pluie pour mon jardin et je fais du compost,
je trie mes déchets : j'y gagne et je pollue moins.

La crise écologique porte sur réchauffement, pollution, écosystèmes, biodiversité, OGM, ressources naturelles, démographie…
L'écologie rencontre de plus en plus l'adhésion des gens ; souvent à cause d'une peur.
Mais il y a un contraste entre ce qu'on dit et ce qu'on vit (chauffage excessif, "clime")…
Et puis, si, en aval, on commence à agir,
c'est autre chose en amont, dans les circuits de production...




La création de l'homme

2. "Multipliez-vous… Dominez la terre…" : est-ce vraiment la faute de la Bible ?

Le mouvement écologique fait grief au judéo-christianisme d'être responsable de la crise
à cause de ce qu'il a mis dans la tête des gens avec le livre de la Genèse.
Alors ?…


° Il faut lire la Genèse en tenant compte du contexte de sa rédaction :
après l'exil à Babylone, il fallait reconstruire le pays et le repeupler.
Aujourd'hui, c'est différent.
° Dans un contexte de paganisme,
il était important de dire que l'homme n'avait pas à avoir peur de la nature,
créée par Dieu et confiée à l'homme.
° Attention, la nature ne donne rien, d'elle-même.
C'est un milieu hostile, il faut la travailler.
° Saint François d'Assise, qui chante "frère soleil" etc.,
a bien vu que l'homme est associé à la nature et qu'il a à la respecter, à vivre dans un équilibre.
Il y a aussi, dans la Bible, des psaumes d'émerveillement devant la splendeur de la création.
° "Sous-mettre", c'est se mettre "sous" :
sous le projet de Dieu pour notre bonheur et pour la vie fraternelle.
La domination n'exclut pas le respect.
° La Bible a été reçue dans une mentalité occidentale, qu'elle a aussi contribué à former.
Cela a produit une civilisation dominatrice des autres peuples, avec des destructions de civilisations.
° "Aime ton prochain" comprend l'écologie
(aimer dans l'espace % aujourd'hui, et dans le temps % demain).
° Je trouve remarquable que des croyants remettent en cause leurs textes fondateurs.
La supériorité de l'homme sur la nature a conduit à une vison prométhéenne ;
mais l'homme ne peut pas se transformer en dieu.
J'admire la confiance dans les capacités de l'homme pour s'en sortir,
mais on en voit aussi les limites !
° Pour la démographie, la question me semble davantage celle de la répartition des ressources entre le Nord et le Sud :
un mal développement, plutôt que le nombre lui-même.

Le changement culturel et les questions des écologistes nous invitent à relire nos textes fondateurs…
Peut-on dire que l'homme soit "au-dessus" de la nature ?…
Avec la découverte de l'évolution, on voit bien qu'il en fait partie ;
Teilhard de Chardin parle à juste titre du "Groupe zoologique humain" et de la place de l'homme "dans" la nature.
L'homme émerge de la nature,
mais il en fait toujours partie, il n'arrive pas comme posé par dessus.
Au néolithique, il y a seulement 10.000 ans, l'homme est passé de la chasse et de la cueillette à l'élevage et à la culture :
cette volonté de maîtrise de son environnement fait partie de lui.
La Bible confirme clairement ce dynamisme.
Cela n'a pas posé question tant que le nombre et les pouvoirs de l'homme ne mettaient pas en danger son environnement :
la question écologique est nouvelle, moderne ; c'est un changement culturel.
C'est la crise qui nous en a fait prendre conscience.
Si l'on en croit le récit dit du "péché originel",
l'homme porte en lui une volonté d'autosuffisance, un désir de toute-puissance qui est destructeur.
Et là, le meilleur peut devenir le pire :
l'homme ne se situe plus en "gérant" de la création, en "serviteur", mais en maître absolu ;
il manque de "sagesse".
Les chrétiens, plus préoccupés de social, ne se sont guère intéressés à l'écologie jusqu'ici ;
ils le doivent aux interpellations reçues des écologistes.
Cela nous signale l'importance de rester humbles dans nos convictions,
et à l'écoute des questions qui nous sont posées de l'extérieur, même quand elles sont agressives :
pourquoi nous dit-on telle chose ?…




La Jérusalem nouvelle (Angers)

3. Nous avons des envies et des peurs : cherchons à nourrir notre espérance…

° J'ai envie de laisser aux autres quelque chose de beau :
en Aveyron, je plante des arbres fruitiers et autres.
C'est ma petit contribution.
° J'ai donné volontairement 15 € pour être allé en Roumanie en avion :
cela a permis de planter 48 arbres.
° Comme il est difficile de trouver la force de ne pas avoir envie !… C'est dur.
° Il y a aussi l'éducation qu'on transmet aux enfants ; c'est important.
° Individuellement, on peut chercher une sobriété % des besoins artificiels.
Je ne suis plus très croyant, mais j'aime beaucoup les chemins de Saint-Jacques :
c'est un retour sur soi, on se dépouille de l'inutile et se recentre sur l'essentiel.

Nous avons retenu pour chacun l'invitation à une sobriété, à une frugalité (ce qui ne veut pas dire tristesse !) ;
particulièrement autour des fêtes de Noël…
Nous nous sommes demandés si l'avidité de notre époque n'était pas sous-tendue par une peur
et, peut-être, une fuite de la mort…


° Collectivement, il faut chercher une action qui change véritablement les choses.
C'est devenu moins difficile avec la prise de conscience qui progresse, mais…
° Les mentalités bougent. Les contradictions sont notées.
Le plus difficile reste la prise en compte de ces questions par les responsables économiques et politiques.
Il y a une inertie de la machine économique…

° Le slogan des écologistes est :
"Penser globalement, agir localement".
Je me demande toujours : je peux quoi, à mon niveau ?

L'évangile de la multiplication des pains nous montre
le Christ donnant une fécondité inouïe à un simple geste de partage
sans proportion avec l'immensité des besoins.
Belle invitation et belle promesse…


° Quand bien même ce serait perdu d'avance, je le ferais quand même.
Sinon à quoi servirait mon existence ?…
° J'ai l'espérance. J'ai une confiance absolue.
Et je fais ce que je peux à mon niveau.
Je vois qu'un paysan (comme moi) peut vivre sur de petites surfaces par des cultures plus naturelles.
Mais par réalisme, je crois que tant qu'on ne sera pas au fond du trou, il n'y aura pas de réaction concrète.
Comment croire à un rééquilibrage rapide des manières de produire et de transformer ?
Les normes imposées ne sont possibles qu'à de grosses structures, elles coûtent une fortune !
Il nous faudrait avoir une approche plus simple des choses.
° Les normes, oui.
Mais c'est encore plus causé par la logique de la rentabilité économique
qui cherche à concentrer sans tenir compte des contraintes, en voulant s'en affranchir.

° Dieu nous a donné la création et il continue d'en être partenaire.
Je lui demande de m'aider à me convertir à plus de frugalité.
Je pense que nous avons besoin d'un partenariat avec les "hommes de bonne volonté" ;
ils peuvent nous donner de bonnes inspirations pour respecter ce monde.

Cette confiance en la vie est en résonance avec la confiance de Dieu qui envoie Jésus ;
et il en connaît le risque !
Elle est en résonance avec la confiance de Jésus
qui, jusque sur sa croix, garde confiance en l'homme sans rejeter personne.
Au commencement, Dieu donne à l'homme un jardin :
la nature à l'état brut.
A la fin, il donne à l'homme, comme cadeau de noces avec le Christ, une ville,
symbolisée par Jérusalem :
ce que l'homme a fait de la nature qui lui a été confiée lui est rendu transfiguré (cf. Apocalypse, Ch.21).
Quoi qu'il en soit des ambiguïtés de nos œuvres,
et quand bien même notre histoire finirait en catastrophe comme un Vendredi-Saint,
l'espérance demeure :
rien ne sera perdu, tout nous sera rendu transfiguré.
Espérance…


Mais alors, que faire ?…
Agir à son niveau…
Si on le souhaite, rejoindre des organismes, confessionnels ou non, qui travaillent dans ce sens…
En Église, chercher des signes symboliques du respect de la création
(cf. pendant le mois de septembre, et jusqu'au 4 octobre, fête de St. François d'Assise).
Nous commencerons en donnant écho de cette rencontre lors de la veillée de Noël…
Comme premier signe,
les paroisses de Nimes-Nord ont décidé
de remplacer toute lumière défaillante par des ampoules basse consomation.


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