UNE QUESTION D'ACTUALITÉ

 

Les personnes homosexuelles et l'Église

 Conférence de Véronique Margron, doyenne de la faculté catholique d’Angers - Nimes, le 31 janvier 2017

 

 

 

 

 

 

La soeur Véronique Margron était invitée sur ce thème par le CADOS [voir en bas de page]
et le "Pôle solidarité" du diocèse de Nîmes
pour une conférence publique.




C'est une question sensible parce que l'homosexualité touche à l'intime,
bien que, toujours, l'intime ait aussi des conséquences sociales.

Ma base sera la 1ère lettre de Jean (ch.3, verset 2) :
Mes bien-aimés, dès à présent nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté.
Nous savons que, lorsqu'il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu'il est.

Parce que telle est la question fondamentale :
se reconnaitre et devenir enfant de Dieu
et, par là, qui et quoi que nous soyons,
faire communauté ensemble comme frères et sœurs de Jésus-Christ.

Sur ce chemin, nous sommes tous à égalité.
Quant à savoir si certains y sont plus avancés que d'autres, seul le Père le voit.
Souvenons-nous de la parole de Jésus :
En vérité, je vous le déclare, collecteurs d'impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu (Matthieu 21,31).

Notre question est celle de la relation entre une situation
(qui n'est pas l'identité fondamentale de quelqu'un comme être enfant de Dieu)
et l'Église en tant que mystère et corps du Christ.
Autrement dit, une relation homosexuelle vécue en fidélité peut-elle être un chemin de sainteté ?

1. Il nous faut mettre 3 termes en tension les uns avec les autres
•  la différence, qui est une question de justice et de vérité,
•  l'altérité, qui est autre chose que la différence,
•  et l'amour.
L'homosexualité est un fait de nos sociétés.
En France, 5 à 7% de personnes sont clairement homosexuel(le)s.
Il y a des couples homosexuels et, parmi eux, des chrétiens.
Je dis qu'ils ont foncièrement une égale dignité, comme enfants de Dieu.

La différence
Différence des sexes, des générations etc.
L'Église y est très attachée, depuis toujours car ces différences sont irréductibles.
La différence, c'est ce que je trouve quand j'arrive au monde.
Je ne la choisis pas. Elle me précède.
À ma naissance, on me déclare : garçon ou fille, né tel jour, de tels parents.
Notons que cette différence est "déclarée" : elle est toujours associée à une parole.

L'altérité
L'altérité, c'est autre chose que la différence.
C'est considérer l'autre comme un sujet et une fin,
jamais comme un moyen, comme une chose sur laquelle on pourrait mettre la main.
L'homosexualité pose la question des différences : quel est mon sexe ?...
La différence des sexes y disparaît.
Personne n'est responsable de l'orientation de sa sexualité ;
c'est d'ailleurs un processus très complexe.
Mais l'altérité, elle, demeure !
Il n'y a pas confusion/fusion entre l'autre et moi.
La responsabilité du travail d'altérité demeure.
L'autre n'est pas ma chose, ou mon objet de plaisir.
Il y a là le travail d'aimer,
qui concerne tout le monde et où personne ne peut se dire en avance sur un autre.

L'amour
L'amour apporte toujours un trouble.
Même s'il y a une certaine organisation sociale de l'amour (cf. en matière de mariage, de famille etc.),
il échappe à toute organisation à tout ordonnancement.
On ne maîtrise pas l'amour.
La question de fond n'est pas celle de l'organisation de l'amour, mais :
qu'est-ce qui fait vivre et qu'est-ce qui fait mourir l'amour ?
Qu'est-ce qu'aimer avec justesse comme enfant de Dieu, dans notre Église
et avec la particularité de chacun ?...
Il s'agit d'aimer… en vérité… dans sa condition singulière…
En vérité… J'ai rencontré des prédateurs : ils disaient tous l'avoir fait pour le bien de l'autre !

2. La relation entre la fécondité et le manque
Toute relation juste, de quelque nature qu'elle soit, a une fécondité, un fruit…
lequel nous échappe toujours.
En quoi la présence d'homosexuels en Église est-elle féconde ? et pour qui ?
Voilà, la question à se poser.
La relation féconde nécessite la reconnaissance de l'autre
avec une égale dignité qui permet une réciprocité d'humanité.
Sinon, il y a souffrance qui conduit à la revendication.
C'est un peu l'histoire du combat de Jacob avec Dieu : te laisseras-tu bénir ?
Se battre, se laisser bénir et en rester boiteux, marqué :
Jacob resta seul. Et quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore.
Voyant qu'il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l'emboîture de la hanche,
et la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui.
Il dit : "Lâche-moi, car l'aurore est levée",
mais Jacob répondit : "Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni"
(Genèse 32,25-27).

Mais la fécondité va toujours avec le manque.
Bien sûr, il y a un manque qui peut faire mourir, tel le manque d'amour, de reconnaissance.
Je veux parler du manque à l'intérieur de la fécondité :
je ne suis pas entièrement à moi-même ni à l'autre.
Il me manque toujours quelque chose… heureusement !
Si le manque est bien fruit de la reconnaissance mutuelle, on peut en faire une chance pour la rencontre.
Alors, il n'y a plus de revendication permanente !
On ne peut pas rester dans la revendication permanente…

Attention ! Pour fonder la reconnaissance, il n'est pas la peine d'aplanir les différences.
Dire que tout se vaut, que tout est la même chose bien que ce soit différent,
comme on tend à le dire aujourd'hui dans notre société : non !
Un(e) hétéro et un(e) homo, ce n'est pas la même chose.
L'Église ne les considère pas comme la même chose.
Un couple homo est symboliquement autre chose qu'un couple hétéro.
Mais il faut pouvoir nommer une différence - qui est discriminante par elle-même -
sans que cela entraîne la non-reconnaissance du sujet - et par là son exclusion.
C'est une ligne de crête qui demande de la délicatesse te de la sensibilité.
Il nous faut être passionnés de l'humanité de l'autre telle qu'elle est.

Puisse l'Église en rendre compte dans nos sociétés actuelles,
qui ont tant de mal à distinguer, comme si tout était l'équivalent de tout.
C'est un service à leur rendre.
Car la confusion et l'exclusion engendrent toutes deux de la violence.
Nous avons besoin de penser la distinction comme non-exclusive, ce qui est difficile aujourd'hui.

Notes succinctes de Jacques Teissier


Note du scribe ._ Nous pouvons remarquer que, spontanément, nous recevons toutes les différences en y plaçant une certaine échelle de valeur.
Un adulte, c'est plus qu'un enfant… un homme, c'est plus qu'une femme… un blanc, c'est plus qu'un noir…
un patron, c'est plus qu'un ouvrier… un riche, c'est plus qu'un pauvre etc. etc.
S'affranchir de ces jugements de valeur est un travail à la fois simple et exigeant.
Il passe par la découverte que l'autre est porteur d'une richesse que j'ai besoin de recevoir,
ce qui fait passer d'une relation de domination à une relation de réciprocité.
Ce n'est peut-être pas par hasard que Jésus est si incisif chaque fois qu'il rencontre un jugement sur l'autre,
que ce jugement soit délibéré (cf. les pharisiens % autres)
ou "naturel", culturel (cf. les disciples qui veulent écarter les enfants… et que Jésus leur donne en exemple cf. Marc 10, 13-16).



Connaissez-vous le CADOS ? _ Depuis 2 ans le groupe CADOS ( Chrétiens s' accueillant dans leurs différences d' orientations sexuelles)
s'est constitué et accueille désormais
toutes les personnes qui se questionnent sur la place des personnes homosexuelles dans l'Église.
Lieu de réflexion et de partage, le groupe veut permettre la rencontre et l'écoute,
avec un a priori de bienveillance et le souci de se comprendre.
Un dispositif d'accueil vient d'être mis en place.
Accueil téléphonique en journée au : 07.83.10.17.37
Adresse mail : pole.solidarite@eveche30.fr

 

 

 

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