La Terre vue du ciel

 

Le district paroissial Nimes-Nord proposait le 27 avril 2008
une rencontre de partage et de réflexion sur la question :


Les nouvelles technologies de la biologie


au service de l'humain ?


 

 



1. D'où vient notre question

Notre présence signifie que nous sommes touchés par les questions nouvelles
que les grandes découvertes de la biologie posent à nos sociétés.
Notre but n’est pas d’abord de discuter sur ce qui est bon ou mauvais, permis ou défendu.
Avant de se positionner, il faut essayer de comprendre ce dont il s'agit.
Car les nouvelles possibilités offertes par la biologie et les nouvelles questions qu’elles soulèvent
bousculent nos schémas de pensée, nos cadres culturels.
Il nous faut prendre acte de cette nouveauté, au risque d’être dérangés par elle ;
sinon nous risquerions de plaquer des a priori sur ces réalités complexes,
que ce soit sous la forme de peurs irrationnelles, de condamnations définitives ou de naïvetés périlleuses.
On se souvient de l'affaire Galilée… de la conférence de Valladolid sur l’humanité des Indiens d’Amérique :
dans les deux cas, la réponse n’était pas inscrite dans les Cieux !

Jusqu'ici, l'homme voyait en lui deux dimensions, deux facettes, intimement liées l’une à l’autre :
« l'in-né » donné par la Nature,
et « l'acquis » créé au fil des générations par le savoir et le savoir-faire de l’homme :
on appelle cet acquis la culture
(ou plutôt les cultures, car chaque peuple a sa culture propre, d’ailleurs en perpétuelle évolution).
Aujourd’hui, ce rapport entre culture et nature, dont nous vivions depuis les Grecs,
se trouve bouleversé.
La biologie est en train d’introduire une révolution :

laboratoire de biotechnologie

désormais nous prenons pouvoir aussi sur l'inné, sur ce qui est donné par la Nature (le génome, la procréation…)
et qui semblait jusqu'ici intangible.
Certes, on avait appris, depuis déjà longtemps, que ce "donné" lui-même, cet inné, était le fruit de toute une évolution ;
mais nous l’avions subie, sans même le savoir, et, jusqu’ici, n’avions jamais eu pouvoir sur elle.

Cette révolution est accompagnée par une autre.
Nos découvertes, de plus en plus pointues grâce aux extraordinaires technologies actuelles,
montrent que ce que l’on croyait jusqu’ici être le propre de l’homme existe déjà chez les animaux,
particulièrement les grands singes les plus proches de nous génétiquement comme le chimpanzé.


caricature de Darwin
Caricature de Darwin

On peut déjà trouver dans le règne animal la conscience de soi, l’outil, le sens de l’autre, la culture… au moins sous forme de germes.
D’ailleurs, 99,4% du patrimoine génétique du chimpanzé est identique à celui de l’homme !
Alors qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce qui constitue l’humain ?...

Nous prenons pouvoir sur notre propre « nature » et nous ne savons plus très bien ce qui fait de nous des hommes :
nos évidences et nos repères se trouvent remis en cause.
Si beaucoup deviennent favorables à l’euthanasie, au clonage, à la fabrication de « chimères » même entre homme et animal…


caricature de Darwin


si l’avortement dérive aussi facilement vers l’infanticide avec la suppression de fœtus viables…
ce n’est pas probablement pas parce que les hommes d’aujourd’hui seraient plus immoraux que ceux d’hier.
C’est plutôt parce que nos repères sont remis en cause.
Si nous prenons pouvoir sur l’évolution dont nous sommes le fruit, et si nous ne sommes que des animaux un peu particuliers :
au nom de quoi nous autoriser à faire ceci, ou au contraire nous l’interdire ?
Qu’est-ce qui va vraiment servir ou desservir l’humain ?...

Ce qui est en question, c'est notre rapport à la vie.
L'homo sapiens sapiens, que nous sommes, est entré dans une nouvelle aventure.
C’est cette aventure qui nous réunit aujourd’hui.
Elle nous concerne tous, en tant qu’hommes, et pas seulement les savants ou les politiques.
Nous ne saurions avoir la prétention de tout éclairer, de tout résoudre.
Plus modestement, nous allons partager nos découvertes et notre évolution à chacun sur ces sujets,
puis nous partagerons les lumières que nous trouvons pour éclairer notre route dans le sens de l’humain et de l’humanisation de l’homme.


2._ Notre expérience


Il a été assez difficile d’exprimer sa propre expérience, ses découvertes, comment on se sentait touché par ces questions :
signe que le sujet est « chaud » !

° A quel moment la vie humaine commence-t-elle ?
La science ne sait pas.

foetus

Les religions ont des réponses différentes.
L’Église catholique, quant à elle, note qu’il n’y a pas de rupture biologique
dans le développement de l’embryon puis du fœtus ;
elle ne dit pas qu’ils « sont » des personnes,
mais qu’il convient de les considérer « comme » des personnes et non comme des objets.

° J’ai connu le drame des avortements clandestins, repris ensuite par l’hôpital…

° Respecter la vie humaine, oui. Mais alors, il faut respecter toute vie dans notre société.
Or il y a eu l’Inquisition, il y a la torture instituée par les USA face au terrorisme, il y a la façon de traiter les immigrés en situation irrégulière…
et là, on n’est pas aussi regardant !

° La procréation médicalement assistée (PMA) est un progrès pour beaucoup de couples.
Mais elle entraîne aussi des dérives.
Par exemple choisir le bébé que l’on veut (garçon, fille, caractère etc.).
L’amniosynthèse conduit à des avortements parce que le handicap est lourd à porter ;
les handicapés le perçoivent très mal !

° Toute maîtrise humaine technique est dangereuse.

foetus

Surtout que l’homme n’a jamais su s’autolimiter.
C’est plutôt venu des désastres successifs :
que l’on pense à la question écologique ; aux OGM répandus, pour des questions d’argent, de pouvoir, de prestige.


2._ Ça va plus vite que nos modes de pensée


° On est sans arrêt secoué, interrogé par ces questions :
le clonage… les cellules souches embryonnaires… l’exploration du cerveau… le droit à la mort…
Ça va plus vite que nos modes de pensée !



° C’est difficile pour les politiques, qui ont à décider.
Ils ont des comités de sages, des commissions d’études, et l’opinion… mais aussi les pressions des lobbies.

° Ce sont des questions que personne ne maîtrise.
Les critères et les valeurs ne sont plus communs à tous comme au temps où le christianisme était dominant.

° Les techniques ne rencontrent pas le mystère de l’homme, mais il existe !
Et si on le méconnaît, il réapparaît ailleurs, autrement (cf. la montée de l’irrationnel et du religieux dans nos sociétés).

° L’homme n’est pas qu’un amas de cellules et une mécanique.
Il y a le spirituel.
Mais quel est cet « autre chose » ? Comment le définir ?
Qu’est-ce que l’humain ?…

° Les philosophes et les religions se font peu ou mal entendre.
C’est à la fois qu’ils dérangent des jeux de pouvoir ou de profit, et que nos cadres changent.



3._ On marche à tâtons, mais dans la confiance


° C’est la condition de l’homme d’oser se risquer
sans trop savoir s’il est sur un bon chemin, ni ce qu’il va engendrer
(cf. le mariage, l’éducation des enfants… même l’impact de la Tv sur les enfants, nous ne le maîtrisons pas !).
La différence, aujourd’hui, c’est cette incertitude porte sur des questions vitales pour l’humanité et pour son devenir.
On marche à tâtons !

paléoanthropologie
Découverte paléoanthropologique : l'homme d'autrefois


ADN
L'ADN de toujours... ou les nouveaux pouvoirs de l'homme...


° Si on regarde comment se sont déroulés les grands conciles œcuméniques des 5 premiers siècles de l’Église,
qui ont balisé - et pas si mal ! – notre compréhension du mystère du Christ et de Dieu,
on voit que cela s’est fait au milieu de pas mal d’ambiguïtés :
rivalités de personnes, influences politiques, luttes de pouvoir etc.
qui étaient assez indignes de disciples du Christ.
L’Église, elle aussi, avance à tâtons, sur le même chemin…

° Si l’homme est libre, rien n’est fixé d’avance : nous sommes faits créateurs, à l’image de Dieu.
C’est dire que tout est possible, le meilleur et aussi le pire, y compris l’arrêt de l’espèce humaine.
Nous parlons de « l’histoire du salut » :
c’est dire à la fois qu’il y a une histoire et qu’elle est menacée,
mais que, même si elle finissait en « Vendredi-Saint », ce ne serait pas le dernier mot de la vie…

° Maintenant, c’est à nous de diriger l’évolution et non plus de la subir.
C’est un palier majeur.
Mais oser le franchir, est-ce autre chose que répondre à la confiance de Dieu Créateur et Sauveur,
qui confie à l’homme la Terre et même son propre Fils… au risque que l’on sait ?
C’est énorme, cette confiance !
Mais dans la fameuse parabole des talents (Matthieu 25, 14-30),
le serviteur qui subit des reproches est celui qui n’a pas reçu la confiance du maître envers lui,
tellement la somme qu’il lui était confiée était énorme…

Ensemble, nous avons pris acte d’une nouveauté que nous ne faisons qu’entrevoir.
Elle appelle notre créativité, notre vigilance et notre discernement,
dans une confiance fondamentale.



Logo d'ACF Nimes
Arts - Cultures - Foi, délégation de Nimes
Site créé par NPousseur