‘Nouvelle histoire de l'Homme’

Pascal Picq

Librairie Académique Perrin (2005), 328 pages, 9 (ISBN 2262020485)


  couverture de nouvelle histoire de l'homme

 

On trouvera à la page précédante quelques repères sur les diverses lignées humaines...

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... et à la page suivante quelques remarques de Maurice Vidal, théologien

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Présentation de l'éditeur

L'incroyable épopée de nos origines est l'objet de cette première Histoire de l'homme, menée par l'un des plus grands préhistoriens contemporains.

Dans cette première histoire de l'Homme, en croisant l'histoire des mentalités, de la philosophie et de la génétique, Pascal Picq explique le long cheminement menant à la reconnaissance de la pluralité des peuples de la terre.

S'appuyant sur quelques grands moments d'histoire - par exemple la controverse de Valladolid ou le procès du singe en 1925 -, il pose les jalons d'une nouvelle histoire de l'évolution, en harmonie avec l'environnement.

Un livre passionnant sur la quête des origines humaines.

Pascal Picq est paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France. La nouvelle histoire de l'Homme a reçu le Grand Prix Moron de l'Académie française pour la défense d'une nouvelle éthique.

Anthropométrie de l'époque bleue, Yves Klein, 1960. Musée d'Art moderne - Centre Georges-Pompidou, Paris

Presse
"La réédition au format de poche de l'essai stimulant de Pascal Picq ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre l'histoire humaine, en se plaçant résolument au carrefour des différentes sciences de l'homme." Baptiste Eychart, L'Humanité , 01 Septembre 07

 

 


Commentaires d'Arts-Cultures-Foi de Nimes

Ce livre de Pascal PICQ appelle nombre de "déplacements" culturels, de changements de nos cadres de pensée.
Il soulève ainsi bien des questions, parfois dérangeantes.
Plus qu'une simple présentation,
on voudrait ici proposer une réflexion autour de quelques-uns de ces "déplacements" ;
non pas pour remplacer la lecture, mais au contraire pour en donner le goût.

Un peu touffu mais très accessible, aussi passionné que passionnant,
voici un « essai » qui ne laisse pas son lecteur sur place.
Pourquoi ?
A partir d’éléments plus ou moins connus, qui font désormais partie de notre patrimoine culturel,
Pascal PICQ renverse la perspective.

Ayant bien conscience d’occuper une place à part dans la nature
- qui d’autre parle, marche et court debout, enterre ses morts, réalise des œuvres d’art,
développe des techniques et des civilisations sophistiquées, écrit, maîtrise la nature...? -,
nous sommes habitués à regarder en arrière.
Et que voyons-nous ? avec admiration et fierté,
nous voyons cette vertigineuse histoire du cosmos
et cette extraordinaire évolution de la vie sur Terre qui aboutissent à l’homme.
Merveille que cette « poussière d’étoiles » !
Faisons l’inverse, dit Pascal PICQ, nous en avons maintenant les moyens :
partons des origines de l’homme,
et suivons le déroulement de cette évolution sans idée préconçue.
Cela n’a l’air de rien ? mais cela change tout !
Il s‘agit vraiment d’une «
Nouvelle histoire de l’Homme ».

Ce livre n’en finit pas de débusquer chez son lecteur
pseudo-évidences, schémas de pensée et autres attitudes culturelles,
qui gauchissent, parfois gravement, sa perspective sans qu’il s’en rende compte.
Le lecteur réalise peu à peu combien son ‘horizon culturel’, sa ‘mentalité’, son ‘idéologie’ l’empêchait
non seulement de prendre en compte les données, de plus en plus riches, de la paléoanthropologie
et les questions nouvelles qu’elles soulèvent,
mais encore et surtout de prendre une juste mesure de ce qu’est l’homme, l’humain,
et de sa place dans la nature :
question cruciale s’il en est dans le monde actuel.
C’est tout l’intérêt de ce livre et, en même temps, sa difficulté :
il faut prendre le risque de ne pas en sortir tout à fait comme on y est entré,
accepter d’être dérangé dans ses « évidences », décapé parfois.
Mais le jeu vaut largement la chandelle
car, en dépit de certaines apparences, la pensée de Pascal PICQ est humaniste, passionnément humaniste.

Le livre se répartit en 6 chapitres enchâssés entre une Introduction et une Conclusion :
1. L’Homme et l’univers, 2. L’Homme et l’animal, 3. L’Homme et les grands singes,

  chimpanzé 

4. L'Homme et les autres hommes,

homo ergaster................................ homo sapiens

5. L'Homme et la femme, 6. L'Homme et l’enfant.

La suite des chapitres est logique, mais chacun forme une unité qui se suffit à elle-même ;
on pourrait les lire dans n’importe quel ordre.
Nouvelle histoire de l’Homme renouvelle notre regard
sur l’Homme (la lignée humaine) et l’humain (ce qui fait que l’homme est « humain »… ou non) ;
il nous le fait aimer dans l’épaisseur de son histoire,
incertaine, complexe, formidablement riche et diverse,
encore et toujours ouverte… au meilleur comme au pire.
L’humanisme en sort épousseté et grandi.
Le dernier mot de cet «
agnostique » est un émerveillement,
qui s’inscrit dans la lignée d’un saint Augustin ou d’un Blaise Pascal :
«
L’Homme, c’est plus que l’Homme ».
Comment un disciple du Christ, « Verbe fait chair », y resterait-il insensible ?

Reste que Pascal PICQ soulève des questions apparemment redoutables,
parfois formulées de façon assez agressive à l’encontre des idées reçues
- on a déjà compris que cet homme est un passionné ! -.
Pour lui, la paléoanthropologie ne voit, dans l’évolution qui conduit la vie jusqu’à l’Homme, aucune finalité :
le processus est absolument « contingent »,
ce qui ‘est’ aurait très bien pu être ‘autre’
et rien ne dit que quelques-uns de ces ‘autres’ n’existe pas ailleurs dans l'univers.
Autrement dit,
ce que nous mettons habituellement sous le mot d’hominisation
est une illusion d’optique, un «
anthropocentrisme » :
nous projetons sur le passé notre vision du terme
comme si ce terme, c’est-à-dire nous-mêmes, était nécessaire.
En réalité, au regard de la science,
ce n’est pas parce que c’est arrivé que ça devait arriver !
Quand on la regarde pour elle-même dans son déroulement, et non à partir de nous,
l’évolution ne déploie pas un ‘être’ caché, comme le gland qui devient un chêne :
elle n’est pas «
ontologique ».
A chaque pas, elle réalise des possibles d’une façon tout à fait contingente.
Le processus qui conduit à l’homme est fait d’une interaction complexe
entre des hasards génétiques et des événements, matériels ou/et culturels, imprévisibles.
L’état de la nature à tel moment impose certes des contraintes à ses possibilités d’évolution,
mais il est impossible de prédire comment celle-ci se fera :
si le «
film de la vie » se rejouait à partir des mêmes conditions initiales, l’histoire serait différente.
Le même ancêtre commun que nous avons avec les grands singes
n’a-t-il pas donné naissance à la fois aux grands singes et à nous ?...
Mais que de grandeur à considérer que l’homme puisse être issu d’une telle aventure !
comme le disait déjà Darwin.

Le fait que la vie apparaisse à la science
comme une succession de contingences, depuis les origines jusqu‘à l’homme,
ne laisse donc aucun espoir à toute conception ontologique, finaliste, de l’univers.
L’homme est une prise de conscience apparue dans un coin de l’univers,
un univers dont le devenir est dépourvu de toute finalité, de tout sens.
C’est l’homme qui donne sens au monde, à la mesure de ses capacités.
Voilà, pour Pascal PICQ, l’essence et le paradoxe de la condition humaine :
l’homme est une espèce qui vit
«dans un cosmos vide de sens»
et qui « ne peut exister sans donner de sens à sa vie» (p. 50).
Il a un étrange besoin de croire, pas seulement de faire.
Il s’invente des questions trop grandes pour lui…
D’où lui vient cette capacité originale ?
Peut-elle avoir quelque signification ou, du moins, quelque ’utilité’ ?
Pascal PICQ ne pose même pas la question
- elle est pourtant de la plus haute importance :
c’est tout le ‘mystère’ de l’homme et de l’humain !
Aux frontières de la science, de la philosophie et de la mystique,
Teilhard de Chardin a construit sa pensée en prenant acte
du fait que cette capacité émerge du devenir même de la vie
et qu’elle apparaît donc comme l’une de ses propriétés -.
Il prend acte des faits sans aller plus loin.
Cependant il ne faudrait pas penser pour autant
qu’il dénie toute valeur humanisante aux mythes et aux religions au nom de sa science.
Au contraire, il en reconnaît la légitimité, mais dans leur ordre,
qui est celui du sens
et qui relève d’une autre approche
- immédiate, plus totalisante, mystique même -
que celle de la science.
Si le ‘mystère’ de l’homme n’est pas dans son propos, il ne le rejette pas :
belle honnêteté intellectuelle !

Reste que cette vision « matérialiste » et « contingente » de l’homme et de la création
semble devoir poser un problème aux croyants, et plus particulièrement aux chrétiens.
Si l’univers est voulu par Dieu, si l’Homme est aimé et appelé à une destinée avec toute la création,
si Dieu habite l’histoire humaine de sa Présence et la sauve,
comment la foi chrétienne serait-elle compatible
avec ces découvertes de l’évolution en général et de la paléoanthropologie en particulier ?

L’affaire Galilée, symbolique entre toutes, invite à davantage de prudence.
Comme le dit Pascal PICQ, avec justesse,
«
les représentations du monde, les mythes et les idéologies
- il aurait pu ajouter : les religions ;
mais il les englobe probablement dans la catégorie des mythes et des idéologies,
selon le vocabulaire des sciences des religions -

ne peuvent prétendre ignorer les contraintes matérialistes » (p. 300).
Il nous faut chercher à intégrer ces découvertes, forcément matérialistes puisqu’il s’agit de science.

Je pense que ce qui est en cause, comme dans l’affaire Galilée,
c’est la représentation du monde, la culture, dans laquelle s’exprime (nécessairement !) notre foi,
et non cette foi elle-même.
Aujourd’hui comme hier, il nous faut accepter d’être « déplacés » par les faits.
Aujourd’hui comme hier, nous avons bien plus à y gagner qu’à y perdre.
Nous avons appris depuis longtemps
que Dieu Créateur ne faisait pas nombre avec les « causes secondes » ;
c’est précisément ce qui laisse tout leur champ aux processus naturels
et, par là, à l’autonomie de la science et au développement des techniques.
Il nous faut aujourd’hui l’honorer d’une manière inédite.

La piste me semble la suivante.
Dans une même lignée, une discontinuité est apparue.
Cette discontinuité a fait que les uns sont devenus des chimpanzés et les autres des hommes.
Elle semble bien consister dans cette aptitude - et même cette nécessité - humaine,
aussi mystérieuse que fondamentale,
à s’interroger sur sa place dans la nature et sur le sens de son existence.
Mais si, hormis l’existence de cette aptitude elle-même,
l'humain ne nous est pas donné tout fait…
et si, en ce sens, il est bien une ‘invention’, une ‘création’ culturelle, progressive des hommes
qui émerge peu à peu de notre héritage évolutif commun, comme le dit Pascal PICQ…
où est la difficulté ?
Notre Père ne serait-il pas capable de nous confier cette ‘création’ de l’humain,
plutôt que de nous le donner tout fait
et de se contenter de voir ce que nous en faisons ?
Ne sommes-nous pas créés créateurs, à son image ?

L’histoire de l’éthique, y compris l’éthique chrétienne, va d’ailleurs dans ce sens :
que de tâtonnements et de fluctuations !
Que Jésus ait existé, qu’il soit mort et ressuscité, les chrétiens l’ont toujours dit :
si c’est vrai un jour, c’est vrai toujours.
Mais qu’il soit légitime ou non de couper la main à un voleur,
ou bien de contraindre quelqu’un pour son salut à adhérer à la ‘bonne doctrine’,
c’est une autre affaire.
Même de grands esprits et de grands spirituels comme Augustin ou Thomas d’Aquin
ont tenu en ces matières des positions qui nous feraient frémir aujourd’hui !
Rien ne relève de l’évidence.
Être un homme est une chose, devenir humain en est une autre :
homo sapiens n'est pas humain de fait,
il a en quelque sorte ‘inventé’ l'humain, et il lui reste encore à devenir humain.
«
Ce qui sera fait lorsqu'il regardera le monde qui l'entoure avec humanité », dit Pascal PICQ ;
j’ajouterais volontiers : et qu’il agira en conséquence.

Mais n’est-ce pas encore un peu court ?
L’Homme cesserait-il d’avoir à ‘inventer’ l’humain ?
A chaque génération, dans chaque culture,
n’a-t-il pas à combattre pour faire advenir de nouveaux visages de l’humain
au gré des contingences de son histoire ?
Et notre Père, qui est si attentif aux moindres de nos gestes « dans le secret » (cf. Mt. 6/3,6,18),
ne pourrait-il pas être heureux de découvrir l’imprévisible, l’inédit
que ses enfants font émerger de leur cœur au fil des jours ?

Dans cette perspective, il me semble que notre foi à vraiment plus à gagner qu’à perdre :
l’homme s’y découvre créateur non seulement par ce qu’il fait,
mais aussi par l’humain qu’il fait advenir
et par le sens qu’il donne à son existence.
Par contre, il y aurait sans doute pas mal à revoir la perspective du discours éthique officiel de l’Église,
particulièrement en ce qui touche à la bioéthique
- un domaine culturel tout nouveau puisque, grâce à notre culture,
nous en venons à prendre pouvoir sur les processus naturels qui ont contribué à nous former -.
La notion de « nature » nous est devenue obsolète ;
et s’il est juste de dire que l’Homme ne peut se construire sans accepter des limites,
peut-être faudrait-il davantage accepter que le travail de discernement ne puisse guère être que tâtonnant.

Il nous reste à pointer quelques-uns des nombreux déplacements culturels
auxquels nous invitent les dernières découvertes de la paléoanthropologie,
et, pour cela, à parcourir les 6 chapitres du livre.


*
* * *

 

homme de Tautavel 

Tout au long de son livre, Pascal PICQ nous donne à voir combien les « idéologies »
- dont nous ne pouvons cependant pas nous passer puisque nous sommes en quête de sens
et que nous ne faisons rien sans avoir une idée en tête ! -
tendent à emprisonner notre regard et notre recherche, y compris en matière scientifique.
Ce n’est pas pour rien que chaque chapitre
commence par le récit d’une exclusion historique lourde de conséquences
:
Giordano Bruno, Marie-Olympe de Gouges et autres Indiens des Amériques...
On sent bien qu’il mène avec passion un combat difficile,
car son ton est beaucoup plus agressif qu’humoristique.
Mais on aurait tort de se laisser arrêter par cette agressivité et de ne pas entendre la question.
Que d’exclusions et de ravages sont dus aux aveuglements « idéologiques » :
les esprits novateurs, les « autres » que soi, les femmes, les enfants, les animaux mêmes
en savent quelque chose.
L’histoire de l’Homme est jalonnée d’écrasements effroyables,
dont la plupart ont été commis en toute bonne conscience.
Voilà un vibrant plaidoyer humaniste pour la « diversité ».
Accepter d’entendre « l’autre », celui qui m’est « étranger », qui ne pense pas comme moi,
qui ne vit pas comme moi, qui n’appartient pas au même monde que moi,
celui qui, en quelque chose, est « ailleurs »,
et accepter d’être dérangé par lui,
n’est-ce pas le seul chemin capable d’ouvrir des fenêtres dans nos idéologies ?
Ce plaidoyer rend un autre son que la molle « tolérance » dont notre temps a le secret.
Et il a des affinités évidentes avec le mystère chrétien,
qui met au premier plan la diversité,
par l’acceptation et jusqu’à l’amour de l’autre, y compris en Dieu.

A ce sujet, il faut bien reconnaître que, dans son ensemble,
l’Occident chrétien n’a guère su entendre et servir l’altérité au cours de son histoire.
Même si c’est une tendance de toute culture et de tout dominant,
le christianisme a largement contribué à nourrir la suffisance occidentale
alors qu’il aurait dû peser dans l’autre sens.
Aujourd’hui plus que jamais,
celui qui veut servir l’humain doit apprendre à vivre et à parler au pluriel.

Dans la même ligne, Pascal PICQ souligne avec force l’unité de l’humanité.
Nous sommes tous des
homo sapiens,
issus d’une même souche africaine et proche orientale.
Notre diversification physique et culturelle s’est opérée pendant quelque 100.000 ans,
au fur et à mesure de notre expansion sur toute la planète.
Cela coupe court à tout racisme, comme à toute prétention de type « colonial » à l’égard de l’autre :
nous sommes la même famille, chacun y a sa place.
Sonnette d’alarme,
à l’heure où la mondialisation tend à imposer partout le seul modèle productiviste occidental.

Et voici un autre des chevaux de bataille de Pascal PICQ :
l’adage des préhistoriens selon lequel « l’Homme, c’est l’outil ».
D’abord, il s’avère faux
:
des préhominiens ont élaboré des outils, et les grands singes aussi.
Mais surtout, cette vision de l’Homme est une « idéologie » typique du productivisme occidental
qui tend à le réduire à son efficacité ou à son utilité, et qui le mutile.
Cette seule vision induit entre les hommes des hiérarchisations déshumanisantes.
Le rouleau compresseur de notre mondialisation qui écrase les autres cultures
en est l’exemple le plus spectaculaire.
Mais les ouvriers des usines du XIXe siècle, les enfants, les femmes,
les malades ou les peuples « primitifs » en savent quelque chose !
L’Homme n’est pas celui qui fait des outils et qui transforme le monde,
même s’il est aussi cela et plus encore que tout autre.
L’Homme, c’est celui qui s’interroge sur sa place dans la nature et sur le sens de son existence.
Sur ce registre, les hommes sont tous précieux les uns pour les autres.
Voilà qui a tout de même une autre « gueule » !...
et qui nous « recadre » avec plus de virulence
que bien des paroles d’Église.

Le lecteur, ainsi mis en appétit, je l’espère,
découvrira au fil des pages bien des arcanes subtils de nos idéologies,
non pour s’en affranchir - tâche illusoire car constitutivement impossible -,
mais pour apprendre à les vivre avec davantage de liberté
grâce à l'écoute de l'autre.

Oui, « l’Homme, c’est plus que l’Homme » (p.313).

Jacques Teissier


 

 

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