Jacques Teissier

 



Vivre ensemble ou vivre côte à côte

Quelle unité pour le genre humain ?

Recherche inspirée par "La Révolution théoculturelle", de Patrick Banon


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Voici que notre société laïque et démocratique, enfin paisible après des décennies d'âpres combats, se trouve à nouveau mise à l'épreuve par la présence significative, chez nous, de populations appartenant à d'autres cultures et d'autres religions qui n'ont pas vraiment d'expérience de la laïcité (bouddhistes, hindouistes, religions traditionnelles ; et surtout communauté musulmane qui se défie souvent de la laïcité, et parfois la défie)… par l'émergence de nouveaux groupes religieux fondamentalistes ou sectaires qui prétendraient régir toute la vie humaine. L'épreuve est d'autant plus délicate que nos démocraties occidentales laïques ne sont pas au mieux de leur forme. Elles sont devenues assez hésitantes sur le bien-fondé des grandes valeurs sur lesquelles elles sont bâties. L'unanimisme postrévolutionnaire de 1789 se noie quelque peu dans l'individualisme dit postmoderne et l'agnosticisme généralisé. "Chacun sa route, chacun son chemin ; chacun son rêve, chacun son destin", dit la chanson...
Reste-t-il possible de vivre ensemble ? ou bien devons-nous désormais nous contenter de vivre côte à côte ?
Pour des chrétiens, le défi est particulièrement radical. Si l 'Église est "le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen, de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain" (Vatican II, Lumen Gentium, §1), ce qui est en question n'est rien de moins que la possibilité même d'un authentique rassemblement de toute l'humanité.

 

 

 

1. Religion et société dans l’histoire des hommes


Toutes les cultures humaines actuelles ont des racines religieuses/sacrales.
Aussi loin que nous puissions remonter dans le temps,
toutes les sociétés humaines se sont constituées sur des bases religieuses
qui donnaient du sens à ces sociétés et à leur environnement naturel ;
leurs rites religieux et leurs récits mythologiques en témoignent.
Les peintures préhistoriques sont unanimement comprises comme des expressions de type religieux.
Plus proche de nous, nous savons bien que, schématiquement,
les cultures d'Extrême-Orient sont profondément imprégnées de bouddhisme,
que la culture arabe est profondément imprégnée d'islam,
que la culture occidentale est profondément imprégnée de judéo-christianisme…
bien que le judaïsme et le christianisme soient sensiblement de même origine orientale que l'islam.

Jusqu'à l'époque moderne, les sociétés laïques n'existent pas.
Seule Athènes, en précurseur, approche un peu la laïcité par sa philosophie et par sa démocratie,
qui se veulent toutes deux guidées par la raison et non par la religion.
Notre laïcité apparaît comme le fruit d'une évolution considérable.
Elle constitue dans l'histoire de l'humanité un profond bouleversement, une véritable révolution culturelle.

Est-il si étonnant que nos sociétés, devenues en quelques années pluriculturelles et pluri religieuses,
aient quelque mal à trouver leur équilibre ?
Non seulement toutes cultures et religions sont bousculées par la rencontre quotidienne les unes des autres
mais ,en plus, elles sont bousculées par l'expérience de la laïcité.
Quant à celle-ci, elle se trouve elle-même bousculée
par la rencontre de cultures et de religions sans expérience laïque ni démocratique.
Comment vivre tous ensemble, sans fragmenter la société en sous-groupes socioreligieux autonomes et plus ou moins concurrents
(plus celui des athées et autres agnostiques, de plus en plus nombreux !) ?
ou bien sans la mettre sous la coupe d'une culture-religion dominante ?
Question inédite à laquelle personne ne sait répondre d'avance.
Il faut créer, et ce n'est pas simple.

En voici un exemple significatif.
Pour vous, les Occidentaux, ce sont les droits de l'homme, disaient des pays arabo-musulmans à Genève, en avril 2009 ;
mais pour nous, pays islamiques, ce qui est premier, c'est le respect de la religion.
De fait, chez nous, en France, certains courants islamistes
(les salafistes, ouvertement ; les frères musulmans, telle la mouvance de Tariq Ramadan, plus discrètement)
cherchent à se faire reconnaître des droits particuliers au nom de leur religion,
en espérant pouvoir faire régner un jour le droit islamique pour le plus grand bien de toute la société.
Gérard Fellous - ancien secrétaire général de la Commission nationale consultative des droits de l'homme -,
s'inquiète suite à cette conférence de Genève (20-24 avril 2009)
qui prolongeait la conférence mondiale sur le racisme dite Durban II (2001) :
«  De nouveaux coups de butoirs sont lancés contre les fondements laïcs et universels des droits de l'homme,
tels que définis par la Déclaration universelle, soixante ans après sa proclamation…
L'objectif poursuivi depuis plusieurs années par l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI)
est une réécriture de la Déclaration universelle des droits de l'homme à l'aune des valeurs religieuses
 »
(le cheval de Troie étant de chercher à faire du blasphème religieux en tant que tel une infraction pénale).

La redoutable question soulevée est celle des fondements mêmes et de l'universalité
des droits de l'homme, et de la démocratie,
comme pouvant « s'imposer » à toutes les cultures et toutes les religions.
En janvier 2004, à Munich, un débat public célèbre a eu lieu entre le Cal. Ratzinger, pas encore Benoît XVI,
et le grand philosophe allemand Jürgen Habermas.
La question était : quels sont les fondements pré-politiques du politique ?
Je traduis : nos sociétés sont bâties sur de grandes valeurs telles que la liberté, l'égalité, la fraternité ;
mais ces valeurs elles-mêmes,
qu'est-ce qui les garantit ? pourquoi celles-ci plutôt que d'autres ? sur quoi sont-elles fondées ?
A la fin du débat, Jürgen Habermas a affirmé, en substance :
je reconnais qu'il n'est pas possible de garantir ces valeurs sans faire référence à une transcendance ;
or, moi, je suis agnostique.
Si, en outre, le recours à une transcendance religieuse
conduit certains à ne pas comprendre, à rejeter ou à combattre ces grandes valeurs universelles,
sur lesquelles se veulent bâties nos sociétés laïques et démocratiques,
comment vivre ensemble ?

Dans son récent livre La révolution théoculturelle ,
Patrick Banon tente de relever le défi.
Il nous fait un beau cadeau en nous montrant, avec beaucoup de finesse,
combien la laïcité à la française,
pourtant assez raide à l'égard des religions en raison de son histoire anticléricale et mouvementée,
offre à notre pays, et sans doute à beaucoup d'autres,
des critères de discernement remarquables et universels pour avancer ensemble
sur les chemins nouveaux qui s'ouvrent devant nous.
La justesse et la fécondité de son discernement me semblent en outre apporter une intéressante « vérification » pratique
aux principes de notre laïcité.

Mais pourquoi parler de révolution théoculturelle  ?

 

 

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