Jacques Teissier

 



Vivre ensemble ou vivre côte à côte

Quelle unité pour le genre humain ?

Recherche inspirée par "La Révolution théoculturelle", de Patrick Banon


 

 

2.La « révolution théoculturelle »


La diversité religieuse est sans doute presque aussi vieille que l'Homme ;
ce qui a changé avec la mondialisation, c'est le rapport à la terre.
Quand, au moins en gros, chaque pays avait sa culture et sa religion, ce n'était pas trop difficile.
Cujus regio, ejus religio - à chaque pays sa religion - , disait-on encore au XVIe siècle, lors de la Réforme protestante…
Chacun avait son mode de vie, il digérait tranquillement, à son rythme et à sa manière,
les apports venus lentement d'ailleurs.
Mais aujourd'hui, en quelques décennies
- je me souviens de l'ouverture du 1er restaurant « chinois » (en fait vietnamien !) de Nimes, à la fin des années 50 :
toute la ville en parlait -,
on trouve des gens de toutes cultures et toutes religions
vivant sur le même territoire et citoyens au même titre.
C'est ce que Patrick Banon appelle la révolution théoculturelle  :
une grande diversité, à la fois culturelle et religieuse, occupe désormais un même territoire
avec, du moins en théorie, les mêmes droits pour tous.
C'est de l'inédit.

Comment faire vivre dans l'harmonie une telle diversité ?
Non pas dans 20, 50, 100 ou 500 ans, mais dès aujourd'hui ?
Intégration à la française, qui demande au nouvel arrivant d'oublier son passé et de devenir « comme nous » ?
c'est peu respectueux et ça ne marche plus très bien.
Communautarisme à l'anglo-saxonne, qui adapte les modes de vie et les lois aux particularités de chaque communauté ?
les Anglais eux-mêmes sont en train d'en revenir car leur société s'émiette
et laisse le champ libre aux intégrismes et autres terrorismes…
Alors, quoi d'autre ?

Chrétiens, nous savons depuis la Pentecôte
que l'unité du genre humain ne peut se faire sur le modèle de Babel (le modèle unique),
et qu'elle passe par la diversité :
Chacun les entendait dans sa langue maternelle (Actes des Apôtres 2,6-8)…
et non en grec, en latin ou en araméen !
La direction est claire.
Les chemins concrets, eux, restent tout à créer.
Au plan de l'interpersonnel, c'est déjà peu évident ; alors au plan collectif…

Aiguillonnée par la rencontre au quotidien de diverses religions,
la théologie chrétienne s'est interrogée.
Encouragée dans ce sens par le concile de Vatican II puis par Jean-Paul II - très audacieux sur ce point  -,
elle a remis à l'honneur des aspects jusqu'ici peu déployés de ses trésors spirituels :
Écritures, Pères de l'Église, théologiens des siècles passés.
La Sagesse de Dieu est universellement active…
l'Esprit saint remplit tout l'univers…
des «  semences du Verbe  » (Décret du concile Vatican II sur l'acticité missionnaire de l'Église, Ad Gentes, n°11 et 15)
habitent le cœur de tous les hommes…
la mission (= l'œuvre) de Dieu dans le monde est à la taille de la Création et de l'humanité…
l'Église est - pas moins, mais pas plus  - le « sacrement » de cette œuvre de Dieu qui dépasse largement ses frontières…
Dieu est actif non seulement dans le cœur des personnes
mais aussi dans les cultures et les religions, de la manière qu'Il sait…
l'Église n'est pas la seule à avoir une place dans le dessein de Dieu
- si la mission historique du peuple d'Israël dans le monde se poursuit même après la naissance de l'Église, en voilà déjà un signe -.
Tout cela fonde théologiquement, du point de vue de la foi chrétienne,
la possibilité et la nécessité d'un vivre ensemble comme d'un dialogue interreligieux.
Cet universalisme est sans doute un défi pour le christianisme, en même temps qu'une chance historique
Nous n'attendons pas « notre » Terre promise
- une attente qui, bien sûr, reste ouverte sur une perspective universaliste, chez les Juifs -.
Nous ne souhaitons pas étendre au monde entier « notre » loi religieuse.
Nous préparons activement une réalité qui nous dépasse infiniment et que nous ne commandons pas :
le retour du Christ rassemblant tous les hommes et les humanisant pleinement.

Cela ne dit encore rien des chemins à prendre : à nous d'en trouver.
Il y a urgence :
notre nouvelle situation théoculturelle s'étend peu à peu à tous les pays du monde,
à commencer par les pays industrialisés qui attirent vers eux des populations déshéritées
en quête de mieux être.
Il est devenu indispensable d'oser quelque chose.

Les chemins que nous propose Patrick Banon sont à la fois originaux et pleins de bon sens.
Ils me semblent très justes humainement,
et tout à fait cohérents avec l'esprit de la Pentecôte.
En plus, Patrick Banon souligne combien,
par sa laïcité stricte,
par sa situation géographique de carrefour,
par ses liens historiques avec le Bassin méditerranéen
et par sa propre diversité,
notre pays semble aux avant-postes de cette question planétaire et délicate.
Il pense qu'il y a là pour nous, non pas une exclusive, mais une responsabilité :
notre recherche n'engage pas que nous.

C'est dire combien sa proposition est séduisante.

 

 

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