Luc Ferry & Lucien Jerphagnon



La tentation du christianisme


Le livre de poche, Collection biblio essais
Grasset (120 pages - janvier 2010 - 4,50 €)

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La tentation du christianisme  

 

 

 

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Les réactions de l'équipe ACF-Nimes à la lecture de ce livre

Ce petit bouquin, très lisible par un large public, nous a passionnés et questionnés.

Passionnés :

° Je n'étais pas au clair sur la mythologie grecque comme pensée construite.
° J'ai découvert que le sentiment d'être à sa place rejoint la mythologie grecque ;
or c'est pour moi un critère de discernement ! Je me suis trouvée très grecque.
° J'ai bien aimé ce qui est dit de se sauver de la peur de la mort ;
j'ai pensé aux « vanités » de la peinture du XVIIe siècle.
° Le chaos mis en harmonie devient le cosmos et il s'ouvre au logos :
le récit de la création en Genèse 1-2 et le Logos du prologue de Jean en prennent une dimension nouvelle.
C'est beau. Une perspective teilhardienne…
° Je découvre aussi que la pensée grecque enrichit la pensée de Jean.
° Ces premiers siècles sont un moment clé que j'aime bien.
Il leur fallait tout repenser, mais ils n'étaient pas encombrés d'un tas de choses comme nous aujourd'hui.
° La personne, qui ne comptait guère dans les rites religieux de l'époque
- c'étaient les dieux de « nous », la cité -,
devenait centrale dans le christianisme, et cela touchait les gens.
J'ai été impressionné(e) :
« A croiser des chrétiens (…), on pressentait comme une autre façon
de voir, de se voir, de voir les autres, et d'entrevoir le divin. » (p.32)
° Le christianisme rejoignait des attentes cachées, enfouies.
Où l'Évangile touche-t-il aujourd'hui des attentes plus ou moins secrètes ?
Quand cela se manifeste-t-il ?
° Ce n'est pas une attente précise, mais je perçois chez beaucoup de gens une sorte de :
« On ne peut plus vivre comme ça ! », « Ça suffit ! », « Il doit y avoir autre chose ! ».
Qu'aurions-nous besoin de mettre au centre, aujourd'hui ?...
Et de quoi faudrait-il nous alléger quelque peu ?...
° Je réalise combien l'expression de notre foi est liée à la culture grecque, et donc contingente…
Si Jésus était né ailleurs, dans un autre contexte culturel, qu'aurait-on dit de Dieu ?
C'est justement ce que le Concile a eu l'audace de reconnaître (cf. Lumen gentium §48).
° Tout de même, il manque dans ce livre la question du Mal, qui interroge beaucoup les gens.
° Aujourd'hui, nous sommes en panne de symbolisation.
Même le civil ne fait que répéter (Cf. les commémorations : 8 mai etc.) !
Pourtant, des jeunes se marient ou se pacsent,
sont en lien par Facebook, balancent leurs briquets dans les concerts…
Quels sont les symboles qui rassemblent et transcendent la réalité, aujourd'hui ?
L'être humain se sait partenaire, issu d'une histoire et source d'histoire…
° Nos cultes ne sont plus un événement. Il faudrait être créatifs et oser, sans casser.

Cf. à Goudargues, pour la Toussaint , il y avait un grand tapis de feuilles mortes dans l'église
et ils avaient descendu les statues de leur socle ;
on a fait une procession dans la nef : les gens se sont trouvés défilant au milieu des saints !
Après, ils ne les ont pas remontées :
ils les ont mises dans le chœur [la messe est célébrées dans la nef]
et les ont habillés en santons d'aujourd'hui autour de la crèche.
Cf. Comme lavement des pieds, un évêque avait ciré les chaussures des petits cireurs.
On pèche dans le lien (symbolique) avec la vie…
Ce n'était pas artificiel parce que ces gestes étaient porteurs de sens.


Questionnés :

° Ferry a bien perçu l'humanité profonde du message chrétien ;
mais en allant jusqu'au bout de cet humanisme, il aboutit à un athéisme humaniste et philosophique avoué
(on pense à la démarche similaire de Marcel Gauchet dans Le désenchantement du monde ,
qui qualifie le christianisme de « religion de la sortie de la religion »).
C'est à la fois séduisant intellectuellement et troublant :
serait-ce l'homme qui a inventé Dieu ?!...
Dès les philosophes Grecs, la philosophie laïcise la religion.
Si la religion a seulement comblé un manque, nous sommes des gogos.
Je suis fasciné et perplexe ! Redoutable et passionnante question !
° Dans l'histoire du jardin japonais, on peut noter une évolution comparable :
il abandonne sa dimension religieuse au profit de la seule nature
(cf. http://acf-nimes.cef.fr/arts/japon/japon1.html ).
Or ce processus naît de la rencontre du Japon avec l'Occident…
° Comme si l'humanisme s'enracinait dans une/des expérience/s religieuse/s
et si, dans le développement de la pensée humaine,
le visage de Dieu se retirait totalement jusqu'à sa non-existence.
C'est du Simone Weil retourné,
elle pour qui Dieu se fait manque d'être pour qu'il y ait de l'être [autre que lui-même].
° N'est-ce pas la question de l'athéisme réfléchi de beaucoup de nos contemporains ?…
° En même temps, le mot de Jésus à Philippe « Qui m'a vu a vu le Père » (Jn 14,9) sonne juste,
de même que la fameuse « parabole » de Mt 25.
Or que voit Philippe, sinon Jésus, cet homme ?
et que voit le « juste », sinon un homme dans le dénuement ?
A contrario, les courants intégrisants, qui sont péremptoires sur Dieu,
ont tendance à nier la recherche de l'être humain au bénéfice d'un Dieu omni-scient, omni-potent etc. ;
mais le Dieu de la Bible passe par l'homme.
° Faut-il voir là une simple résurgence de la fameuse tentation d'Adam et Ève
qui veulent ne pas se soumettre et se passer de Dieu : être tout ?
Peut-être en partie, car cette hybris est quelque chose de profond en l'homme,
que l'on retrouve partout.
° Faut-il y voir la naissance d'un humanisme non déiste, mais qui laisserait place à l'altérité ?
ou même à une certaine transcendance surgissant de la nature elle-même,
et dont la source serait dans les fondements de l'être humain ?...
Laquelle source-transcendance étant moins une négation de Dieu qu'une autre façon,
moins possessive, de désigner son « ailleurs » et son mystère ?...
Voilà, en tout cas, qui interroge une certaine façon, trop rapide, trop facile, de parler de Dieu…
de la même manière qu'une certaine façon d'en rester à un humanisme chrétien,
sans en dire l'ouverture à une transcendance, à un mystère, à Quelqu‘un.
Jerphagnon ne se dit-il pas"agnostique mystique"
?...
° Ferry aimerait pouvoir être croyant :
ce n'est pas innocent.
Il a une intelligence extraordinaire de la foi, et pourtant…
Dans la foi, il y a quelque chose de l'ordre du don.

 

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