Arts-Cultures-Foi de Nîmes

présente

 

 



Dans un monde qui change,

retrouver le sens du politique



Conseil permanent des Évêques de France

Collection Documents des Églises - Public large
96 pages - oct. 2016 - 4,00€


 

couverture





 

Présentation de l'éditeur

« Si nous parlons aujourd'hui, c'est parce que nous aimons notre pays, et que nous sommes préoccupés par sa situation », nous disent les évêques du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France.

Ils prennent la parole parce que les catholiques, citoyens à part entière au milieu de leurs contemporains, ne peuvent se désintéresser de ce qui touche à la vie en société, à la dignité et à l'avenir de l'homme. Ils s'adressent à tous les habitants de notre pays parce qu'il est fragilisé. Et que c'est ensemble que nous pourrons nous atteler à le refonder.


Présentation et Commentaires d'Arts-Cultures-Foi de Nimes
On s'attachera ici, un peu longuement, à montrer l'inspiration profonde de ce texte et sa dimension spirituelle


Ce document/déclaration émane du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France.
Il est sorti le 16 octobre dernier (2016), c'est-à-dire assez loin des échéances électorales
pour ne pas être interprété comme une intervention partisane dans la future campagne.
Cela ne veut pas dire qu'il soit neutre -et donc insignifiant- par rapport aux perspectives politiques de notre pays.
C'est un beau document, dense, riche et qui reste très lisible, sans jargon.

L'inspiration de cette déclaration est résolument conciliaire :
Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps,
des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent,
sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ,
et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur
 »
(concile Vatican II, constitution pastorale sur L'Église dans le monde de ce temps, n°1).
Comme le dira plus tard Jean-Paul II, L'Église prend le chemin de l'Homme.

° Dans l'esprit du Concile, les évêques se situent comme hommes parmi les hommes,
et non comme surplombant l'actualité et donneurs de leçons.
Ils ont pris le temps d'écouter les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses qui s'expriment aujourd'hui chez nous
et manifestement, ils les ont laissés retentir en eux.
Ils se situent en pasteurs qui, pour pouvoir accompagner leur troupeau (au sens large : pas seulement les chrétiens),
commencent par se mettre à son écoute et, en ce sens, à se laisser guider par lui.

° De même, les évêques se veulent respectueux de la laïcité.
Ce qui les concerne en tant qu'évêques, c'est l'Homme, l'humain.
Ce n'est pas le choix des chemins pour servir l'humain :
ce choix relève du débat politique, un terrain sur lequel la religion en tant que telle ne se reconnait pas de compétence particulière.
Par là, les évêques font résolument confiance aux hommes, en assumant les risques que cela comporte ;
il n'y a là aucune naïveté : on sait ce que pareille confiance a coûté à Jésus-Christ !


La motivation de cette déclaration est liée à l'actualité.
Si nous parlons aujourd'hui, c'est parce que nous aimons notre pays, et que nous sommes préoccupés par sa situation (introduction).
" Nous aimons notre pays" … " Nous sommes préoccupés par sa situation" … Ce double regard traverse tout le document :

° Parce qu'on aime son pays, on se fait du souci quand on sent son mal être.
Parce qu'on aime son pays, on ne se masque pas les problèmes,
rien ne pourra se faire sans un regard lucide sur la situation (conclusion).
Toutefois, cette volonté de lucidité reste bienveillante ;
elle n'est pas assortie de jugements ni de condamnations, de déception ni d'amertume.
La tonalité est celle est d'une invitation, d'un appel pressant… parce qu'on aime son pays, justement !

Je trouve qu'il y a là une tonalité évangélique très juste,
que l'on ne voyait pas toujours dans les déclarations de l'Église catholique.
Dans les évangiles, Jésus ne pose aucun préalable à la rencontre ;
s'il le désire, quel qu'il soit, chacun(e) est d'abord accueilli tel qu'il est avec bienveillance et renvoyé à sa vérité.


° Parce qu'on aime son pays, parce que cet amour est animé par l'espérance chrétienne,
on ne peut pas se résoudre à laisser les difficultés nous engloutir.
On est à l'affût des moindres promesses d'avenir.
Pour nous chrétiens, il y a l'invincible espérance que nous donne le Christ
d'une lumière qui l'emporte sur toutes les obscurités
(conclusion).
Le document témoigne d'une vraie recherche de cette lumière.

La modestie est affichée.
On propose une réflexion sans complexe, mais on ne prétend ni détenir la vérité ni imposer quoi que ce soit.
On ne prétend pas énoncer des vérités éternelles, mais donner à penser sur des questions de fond, souvent occultées.
On invite au dialogue, à la recherche.

Après chacun des 10 petits chapitres, sont proposées quelques "Pistes pour échanger".
En conclusion, il est affirmé avec une belle simplicité, et une belle audace :
Ces quelques réflexions, qui sont loin d'être exhaustives, veulent contribuer au débat et appellent à être discutées, prolongées, affinées.
A partir de ce texte, nous voudrions vous inviter à prendre la parole,
à échanger avec d'autres, y compris non-chrétiens, sur les enjeux de notre vie en société.

Voilà un ton bien dans la ligne du Concile, mais assez nouveau dans un texte officiel de l'Église catholique.

Une certaine ambition s'affiche pourtant.
Elle ne s'oppose pas à la modestie.
C'est l'ambition de faire appel à la liberté et à la responsabilité personnelles de chacune et de chacun :
Chacun doit s'interroger et prendre ses responsabilités (introduction) .

L'ambition, aussi, d'avoir à dire quelque chose qui peut concerner tout homme.
Par exemple :
Si dans la tradition judéo-chrétienne, Dieu appelle tout homme par son nom, ce n'est jamais en tant qu'individu isolé,
mais c'est toujours comme membre d'un peuple et pour l'ensemble de ce peuple auquel il est renvoyé.
L'espérance chrétienne n'est pas seulement individuelle, elle est aussi collective
(introduction).
Ou encore :
C'est à une réflexion fondamentale sur le politique en lui-même qu'il nous semble urgent d'inviter (…)
C'est à un travail de refondation auquel il nous faut, ensemble, nous atteler
(introduction).
Pas moins ! Ce n'est pas banal.

Les préoccupations de nos évêques sont sérieuses et même pesantes.
Voyez plutôt ce que cela donne quand on les rassemble rapidement, ne serait-ce qu'à travers l'introduction du document :
- Il faudrait être sourds ou aveugles pour ne pas nous rendre compte de la lassitude, des frustrations, parfois des peurs et même de la colère,
intensifiés par les attentats et les agressions, qui habitent une part importante des habitants de notre pays.
- Il faudrait être indifférents et insensibles pour ne pas être touchés par les situations de précarité et d'exclusion que vivent beaucoup.
- Notre pays a connu en un laps de temps très court une profonde mutation qui n'est pas encore terminée.
Les évolutions et les transformations ont créé de l'incertitude dans la société.
Les références et les modalités de la vie ensemble ont bougé.
Ce qui semblait enraciné et stable est devenu relatif et mouvant.
- Notre pays, dans l'Europe, donne le sentiment d'avoir du mal à se retrouver sur une vision partagée de l'avenir et ainsi imaginer son futur.
- L'affirmation sans cesse répétée du déclin de la France
finit par éroder les dynamismes personnels et collectifs
et, loin de contribuer à une prise de conscience, risque surtout d'ajouter un peu plus à la morosité ambiante.
- Plus que jamais, nous sentons que le vivre ensemble est fragilisé, fracturé, attaqué.
Ce qui fonde la vie en société est remis en cause.
Les notions traditionnelles et fondamentales de Nation, Patrie, République sont bousculées et ne représentent plus la même chose pour tous.
- Alors même que l'aspiration au débat est forte, il semble devenu de plus en plus difficile de se parler,
les sensibilités sont exacerbées, et la violence, sous une forme ou sous une autre, n'est jamais très loin.

Le tableau est corsé !

Je vous laisse le soin de le compléter en lisant les 10 chapitres qui suivent : la récolte est abondante.
En voici quand même un florilège, glané au fil de la lecture. Et j'en ai sauté !
Discrédit du politique et promesses non tenues… ambitions personnelles démesurées…
sentiment d'un personnel politique coupé des réalités… absence de projet ou de vision à long terme…
la parole a trop souvent été pervertie, utilisée, disqualifiée…
la confiance dans la parole donnée permet que s'élabore une vie en société
aussi tout ce qui pervertit la parole a des conséquences très lourdes…
la culture de l'affrontement semble prendre le pas sur celle du dialogue…
slogans réducteurs… mille-feuilles juridiques souvent inopérants ou contradictoires… contradictions en tout genre…
insécurité sociétale… sentiment d'injustice… pauvreté en augmentation incessante...
violences et incivilités… société à fleur de peau… questions que pose l'Islam, crainte du terrorisme et flux migratoires…
transformations climatiques et écologiques… exclusions… difficulté pour les jeunes d'accéder au marché du travail…
personnes d'origine étrangère qui n'arrivent pas à trouver leur place… revendications communautaires… postures racistes…
identités secouées et malmenées… crise que traverse notre système éducatif…
consommation, gain, productivité, produit intérieur brut, commerces ouverts chaque jour de la semaine,
ne peuvent satisfaire les aspirations les plus profondes de l'être humain…
on ne fait pas vivre ensemble des individus avec de simples discours gestionnaires… crise de sens…
société qui a de plus en plus de mal à articuler le « je » et le « nous » …
tout semble discutable et à discuter…
la difficulté de réformer est une bonne illustration des paradoxes de notre pays (…) c'est toujours l'autre qui doit faire l'effort en premier…
l'interpénétration croissante des sociétés a permis des croisements intéressants et enrichissants,
mais a contribué aussi à une insécurité culturelle et des malaises identitaires, pouvant aller jusqu'au rejet de l'autre différent…
il est très difficile dans l'espace public de parler paisiblement de religion…

Le florilège est édifiant !
Pourtant, à la lecture, il n'est pas écrasant.
Il me semble que c'est déjà un tour de force : comparons avec l'âpreté du débat politique ou sociétal actuel.
La clé de ce regard sévère mais pas écrasant me semble se trouver dans le parce que nous aimons notre pays  :
il s'agit d'un regard d'amour, un regard sans concession peut-être, mais toujours bienveillant.
Ce n'est pas un réquisitoire.
Voilà qui me semble couper court à tout esprit de croisade !
Nous pourrions certainement nous en inspirer quand nous remarquons quelque chose qui ne va pas trop bien quelque part...


Pareille manière de dire les choses me semble animée d'une finesse de la spiritualité évangélique.
Dans les évangiles, nous voyons Jésus s'affronter aux pharisiens, qui se croient au-dessus des autres.
Il démasque ce qu'il appelle leur "hypocrisie" :
en leur faisant constater qu'eux-mêmes ne sont pas étrangers au mal qu'ils prétendent combattre chez les autres.
Et s'il les secoue, c'est pour les appeler. Pas pour les casser.
Dans l'esprit de cette finesse, les évêques soulignent que nous ne sommes pas totalement extérieurs aux menaces de l'heure, pas uniquement victimes :

Sans doute faut-il reconnaître que nos hommes politiques ne sont peut-être pas très différents de nous,
et cherchent à satisfaire nos propres intérêts
.
Ou encore, à propos des réseaux sociaux lieu de défoulement masqué :
Chacun doit être responsable de ce que sa parole produit.
Et encore (% Daesh) :
Il convient de se demander pourquoi l'intégration n'a pu s'opérer,
et comment notre société a laissé une partie de sa jeunesse se perdre dans de telles aventures mortifères et meurtrières.


Des promesses d'avenir. Là aussi, je vous propose un petit florilège. Il est fourni.
- Il est frappant de constater combien nos concitoyens aspirent, parfois confusément, à autre chose.
- Au-delà de "l'écume des choses", comme dirait de Gaulle, on peut lire en filigrane un dynamisme enfoui  :
lassitude, frustrations, peurs et même colère, qui habitent une part importante des habitants de notre pays,
expriment des attentes et de profonds désirs de changements.
- Le sérieux avec lequel un certain nombre de jeunes réfléchissent sur le sens du politique
et se forment à l'engagement pour changer des choses en vue de l'intérêt général
est un signe d'espérance dans ces temps de discrédit du politique.
- Nous l'avons tous ressenti au moment des tragiques attentats terroristes qui ont endeuillé notre pays,
et plus largement, lors des différentes marches blanches, célébrations mémorielles (…) :
ces moments de communion intenses (…) sont le signe que les Français ne restent pas indifférents à ce qui touche leurs compatriotes ,
et qu'ils veulent dire clairement leur besoin de se retrouver et d'être unis malgré tout.
- De plus en plus de start-up innovantes voient le jour.
- On voit de nombreuses initiatives de solidarités souvent intergénérationnelles, avec des sans-abris, des réfugiés…
Il y a de la créativité, de l'inventivité, de la générosité dans notre pays.

- La générosité devient souvent plus authentique :
Certains s'emploient à sortir d'une logique de simple assistance, passant du « faire pour » au « faire avec »,
en associant les personnes aux décisions.
Initiative précieuse pour permettre de retrouver sa dignité, et de signifier que chacun a quelque chose à apporter au tissu social.

- (Bien qu'elle ne donne ni emploi ni diplôme) la mission de service civique est une bonne idée pour favoriser le goût de la vie en société.
- Le débat est ce lieu privilégié où des affirmations diverses, parfois adverses, sont travaillées les unes par les autres.
- Notre pays est généreux mais il est en attente. Il est par exemple l'un des pays européens où la vie associative est la plus développée.
- Partout fleurissent des initiatives citoyennes, des désirs de parole (qu'il s'agisse des
Veilleurs , des Cercles de silence , du phénomène des Nuits debout …).
Elles sont parfois maladroites, inexpérimentées, instrumentalisées…
mais elles manifestent toutes un désir de vivre et d'être écouté.
Elles sont souvent en rapport avec ce qui se cherche dans notre société autour de nouveaux modes d'existence.
- Sur le terrain du dialogue des cultures, nombreux sont les groupes et associations nouvelles, comme
Coexister ,
qui travaillent avec énergie pour empêcher des oppositions et blocages culturels,
et qui croient que la rencontre est non seulement possible mais féconde pour notre vie en société.
- Les enjeux écologiques et environnementaux sont en train de transformer en profondeur nos conceptions de la vie en société,
et nous tournent vers des attitudes de simplicité, de sobriété, de partage.
Nombreux sont ceux qui cherchent, expérimentent, se lancent dans de nouvelles manières de vivre.
- Il y a beaucoup de richesse cachée dans les cœurs, et de l'espoir qui vient de l'action de beaucoup.

Cette capacité à discerner le "levain" disséminé dans la pâte, voilà encore du Jésus "pur sucre"…
Seul un regard d'amour sur les personnes et la vie qu'elles mènent le permet.
Les évêques ne se contentent pas d'affirmer. Ils honorent leur parole…


Des invitations . Le document des évêques se veut lucide.
Lucide pour oser voir en face les problèmes ;
voilà qui nous sort des langues de bois -commerciale, médiatique ou politique.
Lucide aussi pour ne pas méconnaître des germes d'espérance nouveaux, si discrets soient-ils ;
voilà qui nous sort d'un pessimisme paralysant.
Mais que serait une lucidité qui n'inspirerait pas une action, source d'espoir ?...
Les nouvelles questions d'aujourd'hui nous obligent à réfléchir et agir , disent les évêques.
Pour autant, ils ne nous proposent pas de solutions. Ils n'en ont pas dans leur sacoche !
Ils nous proposent des perspectives d'action, enracinées dans ce qu'ils ont vu et discerné.
- Il convient pour l'avenir de notre société de redéfinir ce que c'est d'être citoyen français,
et de promouvoir une manière d'être ensemble qui fasse sens.
En d'autres termes, comment gérer la diversité dans notre société ?
Comment l'identité nationale peut-elle perdurer avec des revendications d'appartenances plurielles et des identités particulières ?
[
Cet enjeu ] nécessite un large débat où toutes les composantes de la société doivent pouvoir apporter leur contribution.
- De quoi se nourrit une identité nationale ? Quel sens y-a-t-il à vivre ensemble, quelle reconnaissance, quelle utilité sociale ?
Ce sont des questions importantes parce que nous savons que l'identité donne des racines, inscrit dans une histoire,
et en même temps permet d'accéder à un groupe.
Il est très important que notre société s'empare de ces questions,
à la fois pour percevoir ce qui a construit et forgé notre pays,
mais aussi pour prendre la mesure de la richesse que des identités plurielles peuvent lui apporter
en faisant émerger les liens d'unité au cœur même de cette diversité.
Il ne faudrait pas que les recherches et affirmations d'identités débouchent sur des enfermements identitaires.
- La vision du collectif semble [devenue] plus difficile.
Le « je » (…) a du mal à trouver sa place dans un « nous » sans véritable projet et horizon.
Comment faire émerger un « nous » qui n'élimine pas le « je » mais qui lui donne toute sa place ?

Il y a, là encore, une vue très profondément spirituelle, qui concerne notre pays et notre Europe.
La recherche d'uniformité de la Tour de Babel (Genèse 11,1-9) a fini dans la confusion.
Le jour de la Pentecôte, l'Esprit saint fait naître l'Église dans une unité qui passe par la diversité des cultures :
«  Ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que nous les entendions parler dans notre langue maternelle ?  »

[Aussi, dans notre débat, disent les évêques ] le christianisme peut partager son expérience doublement millénaire et sans cesse renouvelée
d'accueil et d'intégration de populations et de cultures différentes dans la naissance d'une identité qui ne nie pas les autres appartenances.
- Au-delà de la nécessaire transmission des savoirs et de la non moins nécessaire acquisition des compétences,
[la tâche éducative] se doit d'ouvrir les jeunes à l'universel par la culture, seule en mesure de rendre possible le dialogue entre les cultures.
- La seule question qui mérite d'être posée n'est-elle pas :
qu'est-ce qui fait qu'une vie mérite d'être donnée aujourd'hui ? Pour quoi suis-je prêt à donner ma vie aujourd'hui ?
- Il est toujours bon de regarder la place qu'une société accorde aux plus faibles, aux plus fragiles en son sein,
pour savoir si elle est en bonne santé, ce qui la fait tenir dans ses fondements.
Ce sont toujours eux en effet qui nous aident à retrouver l'essentiel et le sens de l'homme que toute société doit protéger.
- Il faut consentir à inscrire son action dans le temps long.
- La parole échangée, les espaces de dialogue à privilégier, s'ils sont plus que jamais nécessaires et urgents,
supposent infiniment de doigté, de souplesse, d'adaptabilité
alors même que la tentation est celle du passage en force et du repli sur ses positions.
- Le vrai compromis est plus qu'un simple résultat d'un rapport de force.
C'est, à partir de positions différentes, entrer dans un vrai dialogue où on ne cherche pas à prendre le dessus
mais à construire ensemble quelque chose d'autre, où personne ne se renie,
mais qui conduit forcément à quelque chose de différent des positions du départ.
Ce ne doit pas être une confrontation de vérités, mais une recherche ensemble, en vérité.
Dans les débats, parfois compliqués, de notre société,
dire clairement ce qui semble bon pour la vie en commun est une responsabilité de chacun (…)
mais [cela] doit toujours être soutenu par un véritable respect pour ceux qui ne pensent pas de la même manière.
- La laïcité de l'État est un cadre juridique qui doit permettre à tous, croyants de toutes religions et non-croyants, de vivre ensemble.
Elle ne doit pas [
devenir ] un projet de société, qui envisagerait une sorte de neutralisation religieuse (…)
expulsant le religieux de la sphère publique vers le seul domaine privé où il devrait rester caché.
- Chacun à sa place constitue un élément du tissu national, et nous devons tous évaluer notre comportement.
C'est à un changement d'attitudes et de mode de pensée qu'il faut nous rendre disponibles.
- Chacun, à son niveau, est responsable de la vie et de l'avenir de notre société.
Cela demandera toujours courage et audace. Des qualités qui n'ont jamais déserté le cœur de notre pays.


Voilà… J'ai vu dans cette déclaration une belle parole d'Église
° parce qu'elle est enracinée dans le présent et non parachutée d'en-haut,
° parce qu'elle nait d'une écoute bienveillante et exigeante des personnes ou des groupes et non d'un jugement,
° parce qu'elle imprégnée d'esprit évangélique…
et qu'au bout du compte, tout cela nourrit, et même renouvelle, notre sens de l'homme et de l'humain.

Tout le monde jugeait le riche Zachée ;
quand il a été touché par la bienveillance de Jésus à son égard et qu'il s'est mis dans une démarche de justice et de fraternité,
Jésus a eu cette parole, étonnante parce qu'il n'y avait là rien de directement religieux :
Aujourd'hui, le salut est venu pour cette maison. (Luc 19,9)
J'aurais envie de dire qu'avec cette déclaration, c'est un peu l'histoire de Zachée qui se poursuit…


Une petite réserve, toutefois.
Je trouve que les évêques auraient dû nous dire avec qui et grâce à qui ils avaient pu réaliser ce texte.
Oh ! Ils sont sans doute géniaux.
Mais témoigner de la fécondité de ce travail "ensemble" aurait contribué
à accréditer leur vœu d'une société où les "je" bâtissent des "nous".

Jacques Teissier

 




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