Arts-Cultures-Foi de Nîmes

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Jocelyne Porcher


CAUSE ANIMALE, CAUSE DU CAPITAL


Editions Le bord de l'eau, 33310 Lormont - septembre 2019 - 120 p. – 12€

couverture




Présentation de l'éditeur

Pour le bien des animaux, celui de la planète et pour préserver notre santé,
il faudrait de toute urgence renoncer à l'alimentation carnée voire à tous les produits animaux
et, en clôturant dix mille ans de vie commune avec les vaches et les brebis,
librement consentir à une agriculture sans élevage.
Après des décennies de silence médiatique et politique sur la violence industrielle contre les animaux,
pourquoi cette soudaine prise de conscience ?

C'est en reprenant le fil de l'industrialisation de l'élevage depuis le XIXe siècle
et ses liens historiques avec la « cause animale »
que l'on peut comprendre la situation actuelle et le développement des start-up de la « viande propre »,
amie des animaux et des milliardaires.
La science et l'industrie, aujourd'hui comme hier, concoctent pour nous « un monde meilleur ».
Sommes-nous bien sûrs qu'il correspond à nos désirs ?

L'ouvrage met en évidence la collusion d'intérêts historiques et actuels
entre la science, l'industrie et la « cause animale »
laquelle renvoie de ce fait à tout autre chose qu'à la cause des animaux.


Présentation de l'auteur

Avant d'être chercheure, à l'INRA, Jocelyne Porcher a été
secrétaire, éleveuse de brebis, salariée en porcheries industrielles, technicienne en agriculture biologique.
Elle intervient dans de nombreux médias nationaux (elle habite Montpellier).


Commentaires d'Arts-Cultures-Foi de Nîmes

Un étrange paradoxe 


La question du bien être animal est en train de prendre l'allure d'une puissante déferlante médiatique internationale,
du moins dans nos pays occidentaux.
En quelques années, se dire végan est devenu de bon ton…
Qui ne serait d'accord sur la nécessité de bien traiter les animaux ?
L'éthologie révèle des richesses de comportements insoupçonnées chez les mammifères et certains oiseaux ;
ce qui les rapproche de nous.
Le chien, le chat, autrefois plutôt utilitaires, font un peu partie de la famille désormais.
La présence d'animaux sauvages dans les cirques, les zoos, les delphinariums (voire les aquariums ?) est combattue.
Se nourrir ou se servir de produits d'origine animale est mis en question par une minorité très agissante,
volontiers agressive.
Quant aux productions industrielles de viande, de lait, d'œufs, qui continuent à se répandre,
elles se trouvent de plus en plus contestées.

Mais dans le même temps, nos modes de vie
sont en voie de provoquer dans le règne animal une périlleuse extinction de masse…
Dans le même temps, nos éleveurs traditionnels se sentent méconnus et rejetés,
tant par les processus industriels, qui les étouffent, que par la contestation animaliste, qui les accuse.

Un véritable chamboulement culturel traverse nos sociétés.
Que se passe-t-il donc ? Comment y voir plus clair ?

Ancienne éleveuse, aujourd'hui chercheuse de l'Institut national de la recherche agronomique,
Jocelyne Porcher porte, avec une compétence assez impressionnante,
un regard particulièrement incisif et éclairant sur cette situation.
Son petit livre, est redoutable.
Il décortique les liens souterrains des animalistes, antispécistes et autres végans
avec les financiers de la future industrie mondiale de l'alimentation artificielle :
elle espère en tirer des bénéfices vertigineux.

De la viande aux pets de vaches en passant par les abattoirs,
les campagnes animalistes « anti » sont orchestrées et financées par ce monde-là.
À travers les médias -radios, journaux, télévisions, Internet-, elles visent à conditionner l'opinion mondiale.

Cause animale, cause du capital n'en a pas moins une limite.
Légitimement centrée sur son sujet,
Jocelyne Porcher ne dit rien sur le fait que notre perception de la nature en général et du monde animal en particulier,
a beaucoup évolué en une cinquantaine d'années ;
que l'on pense, par exemple, aux merveilles de l'éthologie (étude du comportement des animaux).
Foncièrement positive bien qu'elle puisse s'accompagner d'excès, voire d'outrances,
cette évolution, n'est pas due au « capitalisme » .
Opportuniste et sans vergogne, ce capitalisme surfe sur une vague qu'il n'a pas créée.
Il ne faudrait pas que des critiques bienvenues conduisent, serait-ce sans le vouloir,
à méconnaître la richesse de notre nouvelle approche du monde animal.
On peut regretter qu'il n'y ait pas quelque part une petite note dans ce sens.

Outre la liste des entreprises mouillées dans cette partie de surf mondiale,
il y a mille choses à retirer de cette recherche.
En voici deux, très finement vues, évoquées ici à titre d'"apéritif" :
° Jocelyne Porcher fait remarquer que la critique des élevages industriels date de leur création, dès les années 60,
et qu'elle n'a pas trouvé d'écho… avant qu'il n'y ait à la clef de gros enjeux économiques.
° Elle fait encore remarquer que les élevages industriels et leur critique animaliste radicale
souffrent d'un même mal.
Que l'animal soit considéré comme une simple machine à produire (viande, lait, œufs…),
ou qu'il devienne en quelque sorte "sacré",
on fait l'impasse sur la relation de l'Homme avec l'animal ;
une relation dans laquelle l'Homme s'est toujours construit depuis ses origines.
Eh oui ! L'éleveur traditionnel prend soin de ses vaches, ses moutons, ses chèvres, ses cochons, ses volailles…
Même s'il doit un jour les conduire à l'abattoir, il les respecte et même il les aime.
Mais n'est-il pas connu que,
lorsqu'une réalité se transforme brusquement en son contraire,
c'est généralement un signe que toutes deux sont affectées de la même carence ?...

Ce petit bouquin fait réfléchir.
Il déniaisera plus d'un lecteur sur l'emprise de ces appétits financiers
qui, sous couvert de nous humaniser, ne pensent qu'à leur richesse.
Consciemment ou non, les animalistes radicaux profitent sans vergogne de l'appui du « capital »
-mais ne vaudrait-il pas mieux parler du capitalisme dérégulé ?- :
celui-là même qui est leur pire ennemi,
en ce sens que c'est lui qui pille la planète et ruine le monde animal.

Étrange paradoxe !

Jacques Teissier

 

 

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