Arts-Cultures-Foi de Nîmes

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ÉVANGILES


Nouvelle traduction de Frédéric BOYER


Editions Gallimard, 13 octobre 2022 - 544 p. – 22,50 €
EAN : 9782072974670

couverture


Présentation de l'auteur en 4e de couverture


Cette nouvelle traduction du grec ancien
des quatre Évangiles canoniques (Matthieu, Marc, Luc et Jean)
entend faire redécouvrir ces textes comme des œuvres littéraires originales,
au sein de la littérature antique juive et gréco-romaine.
Une littérature forgée et inventée
à partir des pratiques orales d'enseignement et de discussion de la Torah (la Bible hébraïque)
pendant toute la période dite du Second Temple,
du VIe siècle avant notre ère au Ier siècle.

Une triple conviction est à l'origine de cette traduction :
1) Les Évangiles appartiennent à la culture religieuse et littéraire du judaïsme antique.
2) Rédigés dans la langue grecque de l'époque,
ce sont des traductions de paroles, de discours, de citations de l'araméen et de l'hébreu de l'époque.
3) Ces textes sont des performances littéraires
pour témoigner de l'enseignement d'un jeune rabbi du Ier siècle en Judée et en Galilée.
Le mot "évangile" est ainsi traduit et compris comme performance :
réaliser par l'écrit "l'annonce heureuse".

Il s'agit de revisiter le vocabulaire traditionnel religieux,
en revenant à la littéralité du grec ancien.
Enfin, on découvre une autre représentation de Jésus et de sa parole.
Jésus cherche moins à culpabiliser qu'à libérer,
il ne fonde pas de nouvelle religion
mais cherche à faire abonder, multiplier, la parole de la Torah,
en direction de toutes les classes sociales.
Ces textes, écrits et composés en temps de crise, dialoguent avec notre époque.

 

 

Le mot d'Arts-Culture-Foi

Un rafraîchissement salutaire

Voilà un livre à la fois très classique dans son fond et très novateur dans sa manière.
Il rafraîchit la lecture de ces textes (trop ?) bien connus et devrait faire date.

° Les 4 évangiles canoniques (Matthieu, Marc, Luc et Jean) ne sont ni une histoire de Jésus,
au sens où nous l'entendrions aujourd'hui,
ni un recueil d'informations à son sujet.
Ils présentent le Jésus qui a touché ses disciples et tel qu'il a été compris par eux.
Les études bibliques l'ont très bien montré
et c'est considéré comme un fait acquis.
Frédéric Boyer accorde en outre une grande importance à un autre aspect des choses,
bien rarement mis en valeur.
Pour lui, ces évangiles sont… des Poèmes .
Belle trouvaille !
Mais qu' est-ce qui fait d'un écrit une poésie ?
C'est le fait qu'il puisse spontanémént résonner dans d'autres situations que celles dont il parle.
« Pont Mirabeau coule la Seine … » (Guillaume Apollinaire),
ou encore « Elle est à toi cette chanson, toi l'Auvergnat qui sans façon… » (Georges Brassens) :
depuis des lustres, ces mots tout simples
ne cessent de résonner dans les cœurs et les situations les plus divers.
Eh bien les évangiles, souligne Frédéric Boyer,
ne sont pas seulement le recueil du témoignage des disciples de Jésus,
ils sont en même temps une parole adressée par et à un nouveau public qui n'a pas connu Jésus.
Les souvenirs sont présentés par et pour ce nouveau public,
de telle façon qu'il puisse en être touché :
c'est-à-dire qu'il puisse l'interpréter pour lui-même et en nourrir sa propre vie.
À charge pour les lecteurs et auditeurs des époques suivantes
de continuer à les laisser résonner en eux,
à faire leur propre réinterprétation de Jésus et de son "annonce heureuse"
Par exemple (un exemple que ne donne pas F. Boyer !).
La célèbre parabole du Semeur (Matthieu 13,3b-9) répond à un questionnement :
tu nous annonces la venue du Règne de Dieu, mais on ne voit pas venir grand-chose.
Tout dépend du terrain sur lequel tombe la semence, répond Jésus.
L'explication qui est mise ensuite par lévagéliste dans la bouche de Jésus (13,18-23)
relève davantage du vocabulaire de Paul («  la Parole  ») que de celui de Jésus.
Quant à la description des "terrains",
elle relève manifestement de l'expérience des premières communautés chrétiennes.
Mais l'attribuer directement à Jésus ne pose aucun problème.
C'est une simple actualisation/transposition de la parabole
dans le nouveau contexte du rédacteur de l'évangile de Matthieu et de ses destinataires.
Il ne s'agit pas de transmettre des connaissances
mais de faire réfléchir le lecteur ou l'auditeur à la vie qu'il mène.

° Il est important de tenir compte du fait que Jésus est un vrai Juif
(Judéen, dit F. Boyer, afin d'éviter toute apparence d'antisémitisme),
pleinement impliqué dans les discussions classiques du judaïsme
sur la façon d'interpréter et de mettre en œuvre la Thora et les Prophètes.
On voit alors que, loin d'être de l'art pour l'art,
ses prises de position sont, en particulier,
très ouvertes sur les marginaux de la société et de la religion juives de son époque.
Il n'aime guère la rigueur légaliste, car elle en vient à exclure de fait ces marginaux.

° Dans le judaïsme, le Messie n'avait pas une figure claire :
la Bible en esquisse plusieurs, très différentes entre elles.
Jésus, lui, n'a pas été un Messie triomphant, comme on se l'imaginait.
Il l'a été à sa manière et dans les circonstances de sa vie.
Et ce Messie a fondé, aux yeux des disciples de son temps et de toute la suite,
une confiance sans limite à la Vie et à l'Amour.

° On notera encore que F. Boyer cherche à dé-moraliser les évangiles
ainsi que le discours chrétien en général.
Le mot «  péché  » est la traduction du latin
peccatum , qui signifie faute…
et induit facilement le moralisme.
Mais il est lui-même la traduction du grec biblique
hamartia,
qui signifie déficience ou erreur
et dont la racine inclut une notion de manque ;
hamartia correspond à son tour au mot hébraïque hatta't ,
qui évoque « manquer la cible ».
Cette notion de manque est contenue dans le terme grec hamartia , que l'on traduit ordinairement par péché…
et que F. Boyer traduit par "manque".
Cette insistance est heureuse :
il s'agit d'abord de vie, de vie en abondance ;
non pas contre l'éthique, mais au-delà de l'éthique.

Attention tout de même.
Les 90 premières pages de ce livre sont exigeantes
parce qu'elles déplacent le lecteur.
Mais les traductions elles-mêmes sont très vivantes, très fraîches et, pour tout dire, passionnantes.
Qui consentira à cet effort ne devrait pas être déçu…

Jacques Teissier

 

 

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